Volume 6 (1686-1690)
Recueil
de
Chansons,
Vaudevilles, Sonnets,
Epigrammes, Epitaphes
Et autres vers
Satiriques & Historiques
Avec des remarques curieuses
Depuis 1686 jusqu’en 1690
Vol. VI
Epitre 1686 [1]
De Philipes de Mancini Duc de Nevers Chevalier des Ordres du Roy etc. a Marie Anne Mancini sa soeur, femme de Godefroy Maurice de la Tour d’Auvergne Souverain Duc de Bouilly, Duc d’Albret et de Châteauthierry etc. Pair et Grand Chambellan de France, laquelle etoit exilée par ordre du Roy à Pontoise.
Quel sera donc vôtre destin
Ma chere soeur, quelle etrange influence,
Eh quoy, pour aller au Devin (1)
Nerac devient le lieu de votre residence
Presentement on dit qu’un peu trop de licence.
Dans vos brusques discours (2) vous tient a saint Martin (3)
Ayez a l’avenir un peu plus de prudence,
(1) La Duchesse de Bouillon avoit êté exilée a Nerac l’an 16.... parce que lorsque le Roy eut etably une Chambre de Justice a l’Arsenal de Paris l’an 167…. Pour punir extraordinairement les empoisonneurs sorciers, avorteurs etc. on trouva dans les Informations qu’on fit de ces Canailles que cette Duchesse avoit eu Commerce avec des diseurs de bonne aventure.
(2)– (3)
On venoit de l’exiler encore une fois a l’Abaye de St Martin de Pontoise apartenant au Cardinal de Bouillon son beau frere pour avoir parlé librement du Roy et du Ministre a ce qu’on disoit, mais la verité est que la haine que Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois portoit à toute la Famille de Bouillon que fut la seule cause de leur disgrace. Cette famille soutenoit autrefois le vicomte de Turenne ennemy declaré de Mr. de Louvois, l’avoit toujours meprisé, et il l’a persecuté aussi toujours depuis la mort de ce grand homme pour faire un exemple a tous les grands du Royaume dont il vouloit du moins être craint n’en pouvant être respectée faute de naissance et même de merite.
Et pour vous epargner tout sujet de chagrin [2]
Vouez vous au Dieu du silence, (4)
Quand on donne l’essort a sa vivacité
Qu’une mauvaise humeur allume le salpêtre,
Des torrens de l’esprit il faut se rendre maitre,
Et borner sa rapidité
Si vôtre conduitte est connüe
Aux mortels qui sont dans les cieux (5)
Et si l’on a là haut dans le sejour des Dieux
Des Lunettes de longue veuë,
Que doit dire Jules (6) en voyant
Dans sa race (7) un remumenage;
Et que son heritier ce devot personnage, (8)
(4) Le Dieu du silence selon les payens s’appelloit Harpocrate.
(5) C’est a dire aux hommes qui sont sauvez et dans le Paradis.
(6) Jules Duc de Mazarin, Cardinal etc. 1er Ministre d’Etat mort le 9 mars 1661 dans le Chateau de Vincennes.
(7) Dans la Famille des Mancini dont etoit le Duc de Nevers, auteur de cette Epitre, la Duchesse de Bouillon, la Connetable Colonna, la Comtesse de Soissons, et la Duchesse de Mazarin ses soeurs, desquelles il sera plus amplement parlé dans la suitte de ce Commentaire. Ils etoient tous enfans de la soeur du Cardinal.
(8) Charles de la Porte-Mazarin Duc de Mazarin Pair de France etc. que le Cardinal avoit fait son principal heritier en lui donnant Hortense Mancini la plus jeune et la plus belle de ses nieces en mariage avec tous ses biens et ses dignitez, le 28 fevrier 1661.
Icy bas son nom decriant (9) [3]
Fait de ses biens un pauvre usage,
Et par les fondemens sape son heritage, (10)
Oh le beau choix en verité;
Tout mourant est sujet a faire une sotise;
Jules (11) apres avoir medité
Pour transmettre sa gloire a la posterité
Va tirer un Cafard des Capets de l’Eglise, (13)
(9)-(10)
Le Duc de Mazarin etoit un fou parfait a qui une devotion outrée et sans Jugement avoit fait faire une infinité d’extravagances qui avoit vendu tous ses charges et ses principaux Gouvernemens, qui avoit mangé tout l’argent comptant que le Cardinal lui avoit laissé, et qu’on faisoit monter a 10 millions, qui vivoit comme un bandit, courant d’une de ses terres en l’autre, qui se laissoit voler partout le monde et principalement par des Cagots, qui par sa folie avoit obligé sa femme a le quitter, et a s’etablir en Angleterre aprés avoir couru en plusieurs pais; en un mot qui voudroit faire icy un detail des folies de ce duc, composeroit un volume aussi gros pour le moins que celuy cy.
(11) Le Cardinal de Mazarin mentionné en l’article 6 de ce Commentaire.
(12-13)
Le Cardinal Mazarin ayant amassé des Richesses immenses en France, tant en argent comptant qu’en terres et en charges et apres avoir ……. Philippes de Mancini fils de sa soeur Duc de Nevers Chevalier de l’Ordre Capitaine Lieutenant des Mousquetaires du Roy et Gouverneur de Nevernois; maria aussi Olimpe Mancini son autre niece le 21 fevrier 1657 a Eugene de Savoye Comte de Soisson Colonel general des Suisses et Gouverneur de Chapagne et Brie …….. Mancini soeur de celle cy a ……. Colonna Connestable heriditaire du Royaume de Naples le ……166…. et Victoire Mancini a Louis de Vendosme Duc de Mercoeur fils ainé de Cezar, Duc de Vendosme, il ne restoit plus des 5 Nieces que ce Car. avoit fait venir en France, que Hortense et Marie Anne Olimpe Mancini a pourvoir. Il choisit Hortense pour être sa principale heritiere et faire porter son nom et ses armes, et donner tous ses biens et ses charges a celuy qu’elle epouseroit. Il parcourut tous les jeunes Seigneurs de la Cour, et soit faute de gout ou qu’estant prest de mourir; la nature defaillante lui eut affoibli l’esprit il choisit Charles de la Porte fils d’autre Charles Duc de la Meilleraye Pair, Marêchal et Grand Maitre de l’Artillerie de France etc. Lieutenant general en Bretagne sous la mere Anne d’Autriche, et Gouverneur des ville et Château de Nantes. Ce nouveau Duc de Mazarin connu depuis longtems pour un esprit foible dissipa ce peu de tems tout ce qu’il avoit recueilli par son mariage, et ce qui lui vint de biens et d’honneurs par son pere dont il avoit la survivance en la charge de Grand Maitre de l’Artillerie et au gouvernement de Bretagne qu’il eut aprés la mort de la Reine mere, l’auteur le dit Cafard tiré des Capets de l’Eglise; c’est a dire devot tiré des Cagots qu’on devroit enfermer pour leur folie de devotion, comme on enfermoit autrefois aux Capets les foux par mechanceté. On ne parle point icy des 2 autres nieces du Cardinal qui etoient la Princesse de Conty et la Duchesse de Mercoeur (il y a icy une faute, la Duchesse de Mercoeur etoit aussi Mancini soeurs des 4 autres) soeurs parcequelles etoient de la Maison de Martinozzi et qui ne s’agit en cette Epitre que de la Famille des Mancini.
Sa Famille errante en tous lieux, [4]
A d’autres Interests se devoue et se lie, (14)
(14) La Comtesse de Soissons etoit alors en espagne, sortie de France dès l’an 16…. Pour eviter un decret de Prise de Corps donné contre elle par la Chambre de Justice mentionné dans l’Article 1er de ce Commentaire sur ce qu’elle etoit soubçonné d’avoir empoisonné son mary mort en Allemagne, où il servoit en qualité de Lieutenant general des Armées du Roy. Le 7 juin 1673 la Connestable Colonna par esprit d’inquietude et de Coquetterie avoit abandonné son mary a Rome et s’en êtoit fuye aussi en Espagne, où le Connestable l’avoit fait mettre dans un Couvent par le credit qu’il avoit dans ce Royaume. La Duchesse de Mazarin avoit abandonné son mary pour la 2de fois, avoit eté trouver sa soeur la Connestable a Rome et en etoit partie avec elle sans scavoir pourquoy, et êtoit alors à Londres.
Abandonnant ses domestiques Dieux, (15) [5]
Sans vanité nous deux nous valons mieux,
Et nous sommes quoiqu’on en die, (16)
Moy le plus sage, et vous la plus jolie, (17)
Pour dissiper de vos reflexions,
Les especes tumultueuses,
Les noirs chagrins, les agitations,
Qui n’offrent à vos sens que des choses affreuses,
Ecoutez vos amis enfin,
Ces Montagnes du tems (18), ces Docteurs sans morale
Qui sont maitres de leur destin, (19)
J’en connois deux que rien n’égale,
(15) C’est a dire leur Maison, les Payens avoient anciennement des Idoles particulieres dans leurs Maisons qu’ils apelloient Penates, ou Dieux Domestiques.
(16)-(17)
Tous ces Mancini etoient fous, il n’y avoit que du plus ou du moins, et il est certain que comme dit icy le Duc de Nevers que lui et la Duchesse de Bouillon etoient les moins extravagans de tous quoiqu’ils le fussent beaucoup. Cette Duchesse etoit aussi la plus jolie et la plus aimable, quoique la Duchesse de Mazarin fut beaucoup plus belle.
(18) Michel de Montagne Philosophe fameux qui a donné le Livre des Essais. Les Montagnes du tems c’est a dire les gens sages de ce tems cy.
(19) Le sage se rend maître de la destinée.
Le bel Abbé (20) l’aimable et le Prince blondin, (21) [6]
Le grand Baillif d’Anet (22) chasseur infatigable, (23)
Intime de Livry (24) convive delectable.
Courtisan par plaisir, Philosophe par goust, (25)
Si nous sommes jamais tous quatre a une table,
Vous avez votre air enfantin, (26)
Delicieuse Mimallone, (27)
C’est alors qu’il faudra qu’a tout on s’abandonne,
Que vôtre ame en pointe de vin
Toute entiere entre nous s’ouvre et se deboutonne,
(20) L’Abé de Chaulieu Gentilhomme du Vexin attaché au Duc de Vendosme.
(21) Louis-Joseph Duc de Vendosme etc. neveu du Duc de Nevers êtant fils de Louis Duc de Mercoeur et de Victoire Mancini.
(22) Le Duc de Vendosme êtoit Seig.r d’Anet, il s’y aimoit fort et vivoit tres familierement avec tous les gens de ce pais là. C’est pourquoi le Duc de Nevers l’apelle Bailly d’Anet.
(23) Le Duc de Vendosme aimoit fort la chasse.
(24) Louis Sanguin Marquis de Livry, premier Maître d’Hostel du Roy.
(25) Le Duc de Vendosme êtoit né Philosophe et quelque assidu qu’il fut a la Cour, il n’y fut pas demeuré un moment s’il n’y eut trouvé son plaisir, tant il etoit libre de toute passion.
(26) La Duchesse de Bouillon avoit l’air fort jeune quoiqu’elle ne le fut plus, elle avoit epousé le Duc de Bouillon le 19 avril 1662.
(27) C’est a dire femme qui aime la table, la bonne chere et le vin. Mimallones êtoient chez les anciens des femmes du Mont Mimas en Thrace qui servoient le Dieu Bacchus, on les apelloit aussi Bassarides, Thiades, et Ogigides.
Pour nous montrer cequ’elle a de divin, (28) [7]
Mais avant qu’entre nous on lance
La Lyre (29), qu’on chante et qu’on dance;
Aimable Marianne etouffez le regret
D’une trop longue absence,
Et faites vous a vous même en secret
Force leçons de patience,
Vos chagrins vont finir; vos chagrins vont passer, (30)
De la part d’Apollon (31), je puis vous annoncer
Un avenir heureux, des fortunes charmantes,
Celuy qui revoque l’Edit de Nantes, (32)
Qui peut passer dans l’univers
Pour trois ou quatre fois Monarque,
Et qui vient par ses soins divers
D’extirper l’heresie avec l’heresiarque, (33)
(28) La Duchesse de Bouillon avoit beaucoup d’esprit et etoit de fort bonne compagnie surtout a table.
(29) La Lyre êtoit un instrument de Musique chez les anciens avec des Cordes comme une harpe; on en jouoit dans les festins.
(30) C’est a dire vôtre exil va finir.
(31) Apollon qui êtoit reveré par les anciens, comme le Dieu de la Musique et des sciences, l’etoit aussi comme le Dieu de la Divination, il rendoit des Oracles dans son Temple de Delphes en Grece.
(32) Le Roy Louis XIV, qui par un Edit du 22 octobre 1685, avoit revoqué les Edits de Nantes et de Nismes, donnez en faveur des Huguenots, lisés un poëme de cette année 1685 intitulé Tableau de la Chute de l’heresie qui est dans ce recueil avec une chanson qui la suit.
(33) Ce Edit qui avoit aboly l’exercice du Calvinisme dans toute la France, faisoit que les Huguenots ne paroissoient plus et que la pluspart etoit passée aux pais Estrangers; mais ny l’heresie, ny l’heresiarque n’etoient point abolis n’en deplaise a l’Auteur; ils n’etoient que cachez, les uns et les autres, quelque soin que le Roy eut porté depuis 2 ou 3 ans a les convertir.
Redouté sur terre et sur Mer, [8]
Qui tel qu’un Dieu quand on l’offence,
En foudroyant l’orgueil de Genes (34) et d’Alger (35),
Fit voter sur les Flots, les coups de sa vengeance,
C’est lui qui va de sa bonté,
Vous donner des marques certaines,
Je puis être garant de cette verité,
Du théatre du Ciel je decouvre les scenes, (36),
La ….. doit plus haut monter,
Dans les Cercles brûlans des Déitez propices, (37)
Apollon, et venus, Mercure, et Jupiter, (38)
Vont faire sur vous éclater
Le bonheur de leurs Satellites. (39)
(34) Le Roy Louis XIV, mal satisfait de la Republique de Gennes, avoit fait bombarder cette ville par son Armée navale l’an 1684.
(35) La meme année 1684. Les Algeriens que le Roy avoit aussi fait bombarder l’an 1683 demanderent la paix a sa M.té et l’obtinrent.
(36) Ce sont icy des façons de parler en termes de l’Astrologie, pour dire qu’il prevoit dans les Astres des changemens favorables a l’Etat present de la Duchesse de Bouillon.
(37) Autres façons de parler en termes de l’Astrologie ordres qu’il est inutile d’expliquer.
(38) Ce sont les Planetes favorables selon les Astrologues qui leur ont donné ces noms.
(39) Chacune de ces 4 planetes Apollon, Venus, Mercure, et Jupiter ont d’autres petites Planetes qui se meuvent autour d’elles et qu’on nomme leurs Satellites.
Sonnet 1686 [9]
Sur la Prise de la Ville et du Château de Bude, par les Armées de l’Empereur et de l’Empire l’an 1686 commandée par Charles Duc de Lorraine generalissime, Maximilien-Marie Duc de Baviere, et autres Princes de l’Empire.
Nota: Que la ville de Budes située sur le Danube, avoit êté prise par les Turcs l’an 1541. Que les Imperiaux l’avoient depuis assiegée trois fois sans succés. Que le Duc de Lorraine l’investit le 19 juin 1686 accompagné du Duc de Baviere a la teste de ses troupes et du Sr Schoning qui commandoit celles du Marquis de Brandebourg et de beaucoup de Volontaires, ce qui composoit une armée de 50000 hommes, que la ville etoit bien munie deffendue par une nombreuse garnison et un brave chef agé de 70 ans que le grand visir s’en aprocha avec une armée et detacha des troupes pour la secourir qui furent repoussées que le Duc de Baviere prit le Chateau le 23 Aoust, et que la Ville fut emportéed’assaut le 2 Septembre a la veue du Grand Visir qui n’en etoit qu’a demie lieüe. Sur la fin du mois d’Octobre les Imperiaux prirent encore sur les Turcs en Hongrie, les villes de Segedin, des Cinq Eglises et autres places aprés avoir mis en fuite les Turcs et les Tartares, le Prince Louis de Bade general des Armées de l’Empereur, ruina aussi le Pont d’Esseck et prit Caposwar.
Bude a changé de sort, sa prise est confirmée,
Ses remparts sont soumis aux Ordres des Chrêtiens,
Les Hongres, et les Grecs vont briser leurs liens,
Et de ce grand succés Bisance (1) est allarmée.
(1) Constantinople, vile Capitale de l’Empire Turc.
L’aproche du Visir, et sa nombreuse armé, [10]
Bude prise à leurs yeux (2) sont des gages certains,
Qu’a l’aspect du heros chef du sang des Lorrains (3),
De leur superbe cour (4) la peur s’est emparée.
Charles (5) de nôtre foy l’illustre deffenseur,
Du Tartare et du Turc le celebre vainqueur.
Ta gloire a cet exploit ne sera point bornée.
Un seul titre de Duc n’est pas assez pour toy,
Tu dois dedans Sion (6) la teste couronnée,
Estre le successeur du fameux Godefroy. (7)
(2) Lisez l’Argument.
(3) Charles IV. Duc de Lorraine Generalissime des Armées de l’Empereur et de l’Empire.
(4) La Porte ou la Cour de l’Empereur Turc, c’estoit alors Mahomet IV.
(5) Le Duc de Lorraine.
(6) Jerusalem.
(7) Godefroy de Bouillon Duc de la Basse Lorraine, fils d’Eustache II. Comte de Bologne; Il fut chef des Princes Chrestiens croisez contre les Sarrazins l’an 1095, ayant pris Jerusalem le 15 Juillet 1099, apres un mois et 6 jours de siege, les Princes croisez lui donnerent cette ville avec ses dependances en titre de Royaume. C’est ce même Royaume de Jerusalem que l’auteur souhaite au Duc de Lorraine.
Epigramme 1686 [11]
Sur le mal que souffrit le Roy Louis XIV l’an 1686 pour une fistule que ce Prince avoit au fondement, ce qui lui causa une longue maladie, qui ne fut enfin guerie que par l’operation qu’il fut obligé de souffrir.
Noires Filles du Stix (1) qui tenez en vos mains
La trame de tous les humains, (2)
Sur celle de Louis n’ecoutez point l’envie,
Laissez lui terminer tant d’Illustres projets, (3)
Et sur le seul besoin qu’en ont tous ses sujets
Mesurez le fil de sa vie;
Si quelque Dieu jaloux en menaçoit le cours,
Detournez le coup sur nos testes,
Et n’allez pas compter ses jours
Par le nombre de ses Conquestes.
(1)-(2) Cecy s’adresse aux 3 Parques qui selon les payens disposoient du fil de la vie des hommes qu’elles coupoient quand il leur plaisoit, l’auteur de cette Epigramme les prie de ne pas couper sitost celuy auquel tient la vie du Roy.
(3) Le Roy dans l’etat puissant où il etoit, pouvoit former tels projets de grandeur qu’il eut voulu; mais n’en deplaise a l’auteur, il etoit las de la guerre et ne songeoit plus qu’au dedans de son Royaume.
Stances Irregulieres 1686 [13]
Sur la fermeté avec laquelle le Roy Louis XIV souffrit l’Operation qui lui fut faite par Charles Felix son 1er Chirurgien pour une Fistule que ce Prince avoit au fondement l’an 1686.
Vous sujets de Louis (1), peuples toujours fidelles,
Qui pasles et tremblants au recit de ses maux, (2)
Ne pouvez plus vivre en repos,
Sans en aprendre des nuvelles,
En vain vous cherchez a le voir,
Si vous pretendez en scavoir,
Ne consultez point son visage,
Il parvint encore a nos yeux
Tel que le Rhin jadis le vit sur son rivage, (3)
Ou tel qu’on le voyoit dans ce jour glorieux,
Quand malgré le Demon qui preside a la guerre.
Son bras toujours victorieux,
(1) Ces Stances s’adressent a tous les sujets du Roy.
(2) Il est certain que le Roy eut sujet de se louer de l’affection que lui temoignirent ses sujets pendant cette maladie et de la crainte qu’ils eurent qu’elle ne lui fut fatale.
(3) Lorsqu’il fit passer le Rhin a la nage a une partie de son armée le 12 Juin 1672 pour combatre les Ennemis qui etoient de l’autre coté pour en deffendre le passage, c’est peut etre la plus belle et la plus hardie action qui se soit passée sous le regne de ce Prince.
Imposa la paix a la terre. (4) [14]
Rien n’égale icy bas le sort d’un Conquerant,
Dont les fameux exploits embelissent l’histoire,
Les peuples eblouis de l’éclat de sa gloire
Ne connoissent rien de plus grand,
Et cependant malgré tant de villes Conquises,
Et tant de Provinces soumises,
Peut être si la verité,
Nous demasquoit le personnage
Verrions nous que la vanité
A bien plus fait que son Courage.
Mais quand l’homme tout seul lutte avec la douleur
Dans ces momens si difficiles,
Où la prudence et la valeur,
Deviennent aux heros des vertus inutiles
Quand leur cour effrayée en le voyant souffrir
Incapables de les guerir
Se trouve reduite a les plaindre,
Et que les Medecins feconds en beaux discours,
(4) La paix signée a Nimegue l’an 1679 que les Princes alliez contre la France furent obligez de signer au gré du Roy, qui la leur imposa pour ainsi dire telle qu’il voulut.
Viennent leur offrir un secours [15]
Qui peut être est bien plus a craindre,
C’est alors qu’avec seureté
L’on voit si l’intrepidité,
Qui fit admirer leur vaillance
Vient d’une vaine confiance
En la grandeur de leur puissance,
Ou de leur propre fermeté.
La prudence la plus profonde,
Ne scauroit se passer de ressorts étranges,
La plus grande valeur perit dans les dangers
Si personne ne la seconde,
Et pour bien s’asseurer du succés des combats,
La meilleure teste du monde
A besoin de cent mille bras,
Il n’est point de triomphe au temple de memoire,
Qui soit plus digne d’un grand coeur,
Que quand sans partager le peril et la gloire;
Les seules forces du vainqueur
Ont combattu pour la victoire.
Aprés avoir dompté tant de peuples divers
(5) Tout le monde scait quel a êté le nombre des Conquestes du Roy Louis XIV et jusques où il les a etendues.
Et reglé par ses loix le sort de l’univers, (6) [16]
Louis le plus fameux des heros de sa race,
Ce Prince si grand et si fier
Pour être connu tout entier,
Avoit besoin d’une disgrace, (7)
Si toujours sain, toujours heureux,
Le Ciel avoit toujours prevenu tous ses voeux
Sans jamais oser lui deplaire,
On auroit pû douter qu’il eut bien soutenu,
Ce noble et ferme caractere,
Si le sort une fois contraire,
N’auroit eprouvé sa vertu.
Il n’est plus de ressource a present pour l’envie,
Et sa malice desormais,
Ne scauroit plus trouver de traits,
Pour obscurcir l’eclat d’une si belle vie,
Et quelques soient enfin tous ces superbes noms,
Et ces titres que nous lisons
Sur ces grands monuments que lui dresse la France
Nous l’avons veu, je tremble encore quand j’y pense,
(6) L’Auteur veut parler encore icy de la paix de Nimegue. Lisez l’article 4 de ce Commentaire.
(7) C’est que le Roy avoit toujours êté heureux en tout.
Dans son lit tranquille et souffrant; (8) [17]
Justifier par sa constance
L’excés des honneurs qu’on lui rend.
(8) Il est certain qu’il souffrit son mal et la douleur de son operation avec grande fermeté.
Chanson 1686 [19]
Sur l’Air. Les plaisirs ont choisi pour azile.
Sur les Chanteuses et les Danseuses de l’Opera de Paris.
L’Opera nous fournit des Maîtresses,
On n’en trouve point là de tigresses,
Chacun revient content
D’un sejour si charmant.
On y fait ce qu’on veut sans allarmes
Au gré de ses desirs, on peut être inconstant,
Et l’amour ne fait verser des larmes
Qu’a ceux qui sont brouillés avec l’argent comptant. (1)
Barbereau (2) tout vous est favorable,
Profitez d’un bonheur peu durable,
Prenez a toutes mains, donnez a tous venans,
L’amour du Mareschal (3) ne dure pas longtems.
(1) C’est que ces Filles accordoient leurs faveurs pour de l’argent.
(2) Chanteuse de l’Opera.
(3) Louis de Crevant de Humieres marêchal de France, Grand Maistre de l’Artillerie, Gouverneur de Flandres qui êtoit alors amoureuse de la Barbereau, a qui il donnait beaucoup, car il etoit vieux.
Chanson 1686 [21]
Sur l’Air, de l’Entrée des suivans de la haine dans l’Opera d’Armide.
Sur quelques Chanteuses et Danseuses de l’Opera de Paris.
Nota: Que cette Chanson est par contreverité.
Les deux Moreau (1) sont deux tigresses,
La Rochois (2) n’eut jamais de foiblesses,
Le seul de Bas, (3)
Est receu entre ses bras,
Barbereau (4) n’est pas coquette,
Les deux Pezans, (5)
N’ecoutent pas les amans,
Charpentier (6)
Se fait beaucoup prier;
(1) Louise et Françoise Moreau soeurs Chanteuses de l’Opera vulgairement apellées Louison et Fanchon.
(2) Excellente chanteuse de l’Opera et qui jouoit les principaux Rolles.
(3) C’etoit le fils d’un Conseiller au Parlement de Pau qui l’avoit epousée et lui avoit meme fait un enfant; mais comme il etoit fort jeune, ses parens avoient fait casser cet impertinent mariage.
(4) Chanteuse de l’Opera.
(5) C’etoient deux soeurs, dont l’aînée dansoit, et la cadette chantoit a l’Opera.
(6) Chanteuse de l’Opera.
La chaste Potenot (7) garde bien sa conqueste, [22]
La sueur, (8)
Est plus sage que sa soeur; (9)
Mais la Desmatins (10)
N’a pas encore enfilé le chemin,
Et la Breard, (11)
Faute d’employ est resté a l’ecart.
(7) Elle chantoit et dansoit et faisoit mal tous les deux; et etoit la plus grande putain de toutes.
(8) Danseuse de l’Opera.
(9) Autre danseuse.
(10) Chanteuse de l’Opera.
(11) Danseuse de l’Opera, fameuse d’ailleurs par la verole qu’elle donna, ou qu’elle receut de Antoine-Charles Duc de Grammont Pair de France, dont elle mourut, et dont il fut bien malade.
Chanson 1686 [23]
Sur l’Air: Sommes nous pas trop heureux.
Sur une Danseuse de l’Opera apellé Mad.lle Pezant.
Pezant moins de vanité (1)
Avec vôtre air sec et fade, (2)
Et si vous êtes malade
Allez vous faire penser,
Il vous faudroit un Chimiste
Pour vous elever le sein; (3)
Je jure foy de Baptiste, (4)
Que vôtre fron n’est pas sein.
(1) Elle êtoit fort glorieuse et fort entestée de sa beauté.
(2) Elle êtoit blonde, blanche et fort maigre.
(3) Elle avoit la gorge fort platte.
(4) L’Auteur entend Jean-Baptiste Lully, Conseiller et Secretaire du Roy, Surintendant de la Musique de sa Majesté, et Mre de l’Opera a qui on disoit que la Pezant avoit donné du mal, ce qui surprenoit a cause de ses inclinations qui n’etoient pas pour les femmes.
Chanson 1686 [25]
A Catherine-Henriette de Seneterre de la Ferté
L’on vous voit tous les jours au bal,
De Danseurs bien suivie,
Lestang (1), Pecour (2), et du Mirail, (3)
Vous tiennent compagnie,
Si Villiers (4) veut s’en offencer,
Il ne scait pas je pense,
Que dans peu vous scaurez danser (5)
Mieux que fille de France.
(1)-(3) C’estoient 3 Danseurs de l’Opera de Paris soubçonnez de coucher avec elle, cependant a l’esgard de Pecour il etoit l’amant de la Mareschale Duchesse de la Ferté mere de cette Dem.lle
(4) ……… de Bussion Marquis de Villiers qui etoit amoureux de cette Dem,lle et qu’il a epousée depuis.
(5) A cause des Danseurs qu’elle frequentoit; mais l’auteur par le mot de danser entend aussi baiser.
Autre [26]
Sur le même air
A Madeleine d’Angennes de la Loupe Veuve de Henry de Senneterre Duc de la Ferté, Pair et Marêchal de France Chtr des Ordres du Roy
Celebre amante de Pecour, (1)
Souffrés que vôtre fille (2)
Fasse un sacrifice a l’amour
Dieu de vôtre Famille,
Cequ’elle voit soir et matin
Ne l’a rend point de glace,
Fille (3), soeur (4), niece de putain,
Bon chien chasse de race.
(1) Elle etoit alors amoureuse d’un Danseur de l’Opera de Paris apellé Pecour.
(2) Catherine-Henriette de Senneterre dite Mad.lle de la Ferté, qui etoit grande baiseuse.
(3) – (5) Toute la Famille de cette D.lle etoit baiseuse car la Marechale de la Ferté sa mere …… d’Angennes Comtesse d’Olonne sa tante maternelle et Marie Isabelle-Gabrielle-Angelique de la Mothe-Houdancour Duchesse de la Ferté sa belle soeur etoient toutes grandes baiseuses.
Chanson 1686 [27]
Sur la bonne chere qu’on faisoit chez Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaunes, Pair de France Chtr des Ordres du Roy Gouverneur de Bretagne.
En jours maigres, comme en jours gras,
Vive l’hostel de Chaunes, (1)
Tous les jours des mets delicats,
Des poissons longs d’une aulne
Aprés le benedicité.
En vous mettant a table,
Honorons Monsieur Honoré, (2)
Car il est honorable. (3)
(1) Cet hostel etoit à Paris dans la place Royale.
(2) C’est le nom du Mr d’hostel du Duc de Chaunes.
(3) Le Jeu de mot n’est pas trop bon.
Chanson 1686 [29]
Sur l’Air…….
Sur ….. de Mouchy Montcavrel femme de ….. de Mailly
Mailly veut faire la Coquette
Etant sur le bord du tombeau,
Elle est plus noire qu’un Corbeau,
Et veut qu’on lui conte fleurette,
Venez, Démons accourez tous
Cet objet est digne de vous.
Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.
Chanson 1686 [31]
Sur Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, femme de Claude Leonord de Damas Marquis de Thianges.
Thianges n’a cheveux ny dents, (1)
De la fortune a soixante ans,
Les disgraces sont legeres, (2)
Lere la lere lan lere,
Lere la lere lan la.
(1) Elle êtoit alors vieille.
(2) Il importe peu qu’on soit aimable quand on est vieux, il suffit qu’on ait assez de bien pour vivre dans l’abondance.
Chanson 1686 [33]
Sur l’Air …..
Sur Marie-Anne Blouin 2de femme de Louis Marquis d’Estrades receu en survivance, Gouverneur des ville et Citadelle de Dunkerque, et Maire perpetuel de Bordeaux aprés Godefroy d’Estrades Mareschal de France, Chtr des Ordres du Roy son pere.
De la belle Estrades,
L’amant jaloux, (1)
Ne veut de camarade,
Que son epoux,
Car il est seur que jamais il ne f….
(1) Louis Marquis de Comenge Gouverneur des ville et Chateau de Saumur et Haut Anjou.
Chanson 1686 [35]
Sur l’Air: Il a batu son petit Frere.
Sur Henry de Lorraine Prince d’Elbeuf et Renée de Penenkou et de Keroual Duchesse de Porsmout, dont il êtoit amoureux.
Amy si tu vas à la Foire (1)
Tu n’auras pas de peine a croire
Qu’Elbeuf f… la Porsmout,
La d’Halluy (2) les reçoit chez elle
D’une putain (3) et d’un filoux (4)
Fut il plus digne maquerelle.
(1) La Foire St Germain a Paris
(2) ….. de Meaux du Fouilloux, femme de Paul d’Escoubleau de Sourdis Marquis d’Halluy.
(3) La Duchesse de Porsmout etoit grande baiseuse.
(4) Le Prince d’Elbeuf etoit grand escroc, et grand menteur.
Chanson 1686 [37]
Sur l’Air: il a batu son petit Frere.
Sur …. de Clermont Comte de Tonnerre 1er Gentilhomme de la Chambre de Philipes de France Duc d’Orleans
Terrible au Jeau (1), paisible en guerre, (2)
Tu n’as que le nom de Tonnerre, (3)
Et tu n’en eus jamais l’effet; (4)
Notre perte seroit certaine,
Comte si ta lame n’etoit
Moins a craindre que ton haleine. (5)
(1) Mr le Comte de Tonnerre etoit le plus mechant joueur du monde.
(2) Il ne passoit pas pour fort brave.
(3) Cecy est un jeu de mot sur le nom de Tonnerre, et sur ce que ce Comte etoit grand parleur et faisoit beaucoup de bruit.
(4) C’est qu’il ne faisoit que du bruit.
(5) Il etoit fort puant.
Chanson 1686 [39]
Sur l’Air: il a batu son petit Frere.
A ……. Marquis de Ste Maure Colonel d’un Regiment d’Infanterie, et l’un des Menins de Mgr Louis Dauphin de France.
C’est à bon droit qu’on te renomme
Tu passes les heros de Rome,
Ton dernier combat en fait foy, (1)
Si tu n’as vaincu Curiace, (3)
Sainte Maure, l’on dit de toy,
Que tu recules mieux qu’Horace. (3)
(1) Il se battit pour la Comtesse de Choiseul contre le Marquis de Chamarante valet de chambre du Roi, depuis Lieutenant Général.
Chanson 1686 [41]
Sur l’Air: Je vous le dis et le repete.
Sur la Presidente Tambonneau.
Petite vieille suranné,
Moins femme que pomme tapée, (1)
D’ou diable te vient ce caquet?
Ah! je reconnais ce langage,
C’est celuy d’un vieux Perroquet,
Que Mortemart tenoit en cage.
Cette femme Bourgeoise par elle et par son mary avoit trouvé le secret par son seul esprit d’attirer chez elle tout ce qu’il y avoit de plus considerable a la Cour, de l’un et de l’autre sexe, bien qu’elle eut prés de 80 ans. Sa maison n’etoit pas moins remplie de bonne compagnie. Gabriel de Rochechouart Duc de Mortemart, Pair de France en avoit êté toujours amoureux, il avoit attiré le 1er toute la Cour chez elle et chez son mary President de la …. Chambre des Comptes, le Duc etant mort le President franc usurier et si avare, que tout riche qu’il etoit il n’entretenoit point de Carosse a sa femme, ecarta un peu les dineux; mais dés que le President eut laissé sa femme veuve, elle s’en donna au coeur joye, elle alla a l’Opera 8 jours aprés, disant qu’a son âge 8 jours lui etoient plus que 2 ans a un autre. Tout le beau monde se rassembla chez elle et n’en est sorty qu’a sa retraite au faubourg St Antoine dans une Maison où avoit logé la Chanceliere d’Aligre, aprés cecy on voit aisément ce que veut dire la Chanson.
1686 [43]
Vers adressez a Louis XIV Roy de France, sur ce que François d’Aubusson Duc de la Feuillade, Mareschal de France, Colonel du Regiment des Gardes Françoises, et Gouverneur de Dauphiné luy ayant fait eriger une Statue de bronze à Paris, y avoit fait mettre pour Inscription, Viro Immortali. Le 28. Mars.
Louis écoute moy; je parle pour ta gloire,
Et je ne puis souffrir qu’on gaste ton histoire,
Tu triomphes partout, les peuples et les Rois
Egalement surpris admirent tes exploits,
Cette extrême valeur en tout paroist miracle,
En qui l’honneur, le tems, l’Art, ne fait point d’obstacle,
Tant de murs, tant de forts, tout d’un coup renversés, (1)
Les Fleuves les plus grands a nage traversés, (2)
Un nom toujours vainqueur et dont les puissans charmes
Pour les plus hauts projets ont tout l’effet des armes, (3)
(1) Tout le monde scait quel a êté le nombre et l’importance des Conquestes du Roy Louis XIV. Ce receueil cy en est plein.
(2) Le passage du Rhin par l’Armée du Roy êtoit en presence de Sa Majesté, le 12 Juin 1672.
(3) Le seul nom du Roy êtoit redoutable a toute l’Europe.
[44]
Au milieu du repos, sans carnage, et sans bruit,
L’heresie etouffée, et le Schisme détruit; (4)
A ces faits on connoît ton auguste personne
Que je distingue plus que ta propre Couronne,
Et ces faits merveilleux jusqu’a nous inoüis,
Rempliront tous les tems du grand nom de Louis,
Reçois ces vrais honneurs; mais fuy la flaterie,
Preste d’aller pour toy jusqu’a l’idolatrie, (5)
Des attributs divins, fuy l’abus criminel,
Et ne souffre jamais qu’on te nomme immortel,
Ce faux titre qu’on voit au pied de ta figure
Loing de te faire honneur Prince, te fait injure,
Et semble te traiter avec ses faussetés,
Comme ces vains heros que la Fable a chantés,
Ta gloire est toute vraye, et ton illustre vie
Que ne peut dementir ny l’orgueil ny l’envie,
T’a merité les noms les plus grands, les plus hauts,
Que puissent sous le Ciel porter les vrais heros,
Arbitre de la paix, Arbitre de la guerre; (6)
La terreur tout ensemble et l’amour de la terre. (7)
(4) La Revocation des Edits de Nantes, et de Nismes par autre Edit du 22 Octobre 1685.
(5) Puis qu’on lui erigeoit une statue avec le nom d’homme Immortel.
(6) Ce titre se pouvoit justement donner au Roy Louis XIV tant sa puissance etoit grande alors.
(7) Il êtoit craint et aimé partout.
[45]
L’appuy de l’innocence et l’Esprit de la Loy, (8)
Le plus grand deffenseur de la divine foy, (9)
Pourquoy donc alterer par une vaine Fable
Ton eloge, si beau, si grand, si veritable,
J’excuse toutefois qu’une trop prompte main, (10)
S’echape a te donner un titre plus qu’humain;
Tout homme est eblouy de ta grandeur supreme;
Mais tu ne dois jamais t’en eblouir toy même
A ces titres divins qu’un sujet peut t’offrir
Ton coeur vrayment Royal ne scauroit les souffrir,
Rien n’est plus eloigné d’une ame souveraine,
Rien ne sent plus le fond de la foiblesse humaine,
Rien n’est plus odieux aux solides esprits,
Plus contraire a l’honneur, plus digne de mepris;
Plus propre a diffamer la beauté de l’histoire,
C’est par là qu’Alexandre a corrompu sa gloire,
Et quoiqu’il ait soumis et la terre et la mer;
Partout on s’est moqué du fils de Jupiter, (11)
(8) Ce Prince avoit le coeur fort juste et se portoit toujours a la justice dés qu’il l’a pouvoit envisager; mais souvent ses Ministres pour leur interrest particulier l’a luy deguisoient.
(9) Il etoit homme de bien et même trop devot pour un Roy.
(10) Le Marechal Duc de la Feuillade qui lui avoit erigé cette statüe et donné ce titre d’homme Immortel pour faire sa Cour et obtenir des graces par la suitte.
(11) Alexandre vouloit qu’on le crût fils de Jupiter, et vouloit qu’on crût que ce Dieu etoit venu la nuit coucher avec Olimpias sa mere pour l’engendrer; mais tout le monde s’en moquoit.
[46]
A des honneurs si vains garde toy de te rendre,
Et par là sois encore au-dessus d’Alexandre,
Le Demon duelliste (12), et le blasphemateur
Cherchent a se vanger par un demon flateur,
Ils voudroient t’abuser sous ombre d’un hommage
Du titre d’immortel en charger ton Image;
Mais ta Religion ne peut pas balancer,
Ta main effacera ce qu’il faut effacer,
Un seul mot suprimé fait ton panigerique, (13)
Rien ne marque mieux ta grandeur heroique
Ta force, ta grandeur, ta pieté, ta foy.
Et ce zele divin qui te fait plus que Roy,
Perisse donc ce mot au pied de la Statüe,
Que jamais de ton peuple il ne blesse la veuë
Et qu’il ne soit point dit dans la posterité
Que tu prenois les noms de la divinité,
Non: mais regnant encore sur la race future
Montre aux Rois tes neveux ta vertu toute pure
Toujours grand (14), persevere a te faire admirer
Que de toute la terre on te vienne adorer,
(12) Le Roy Louis 14 par ses Edits, et encore par son aplication a eteint en France la fureur des Duels.
(13) L’Auteur veut u’on oste seulement le mot d’Immortele qui etoit aux pieds de la Statue du Roy.
(14) Ce Prince avoit pris le titre de Louis le Grand.
[47]
Passe tous les efforts de la vertu Romaine,
Fais la gloire et l’honneur de la nature humaine,
Le premier aprés Dieu dés les premiers autels,
Et sois nommé partout le plus grand des mortels.
Chanson 1686 [49]
Sur l’Air de Lancelot Turpin
Sur le mariage celebré a Versailles le 3. Avril 1686 entre Philipes de Courcillon Marquis de Dangeau, Chtr d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de baviere femme de Louis Dauphin de France, l’un des Seigneurs mis par le Roy prés la personne de Monseigneur le Dauphin (ou Menin) Gouverneur de Touraine ville et Château de Tours, et Sophie Comtesse de Louvestein, Chanoinesse de Thorn en Allemagne l’une des Filles d’honneur de la meme Princesse.
Jean (1) de Courcillon
A epousé Sophie,
De l’illustre maison
De Baviere sortie, (2)
(1) L’auteur se meprend icy comme dans tout le reste de cette chanson, le Marquis de Dangeau s’apelle Philippes de Coursillon, et non pas Jean.
(2) La Maison où si l’on veut la Branche des Comtes de Louvestein, vulgairement dits de Levestein sort de la Maison de Baviere puisque Frederic dit le Victorieux, Comte Palatin du Rhin et Electeur de l’Empire epousa en 2. Des noces Claire de Tettinghen, de laquelle il eut Louis 1. Comte de Levestein, mort le 8. Mars 1524, qui fonda cette Branche par son mariage avec Elizabeth Comtesse de Montfort, et le 4e Ayeul de Ferdinand-Charles Comte de Louvestein pere de la Marquise de Dangeau; Ces mariages de la main gauche sont usitez en Allemagne, où les Souverains ne pouvant ceder leurs Etats qu’aux Enfans qu’ils ont eu de personnes titrées, ne laissent pas d’en epouser d’autres, mais les enfans qu’ils ont de celles cy, bien que legitimes, n’heritent pas, et ces mariages s’appellent de la main gauche.
D’autres disent que non, (3) [50]
Mais peu je m’en soucie.
Jean de Courcillon
A fait grande folie
Dans un âge grison, (4)
Prendre femme jolie, (5)
C’est tenter le Larron; (6)
Mais peu je m’en soucie.
(3) Ceux qui disoient que la Marquise de Dangeau n’etoit pas sortie de la Maison de Baviere ignoroient sans doute ce que c’est que les mariages de la main gauche. Il est cependant certain que Madame la Dauphine qui etoit de la Maison de Baviere trouva mauvais que la Marquise de Dangeau eut pris dans son Contract de mariage le nom de Sophie de Baviere et qu’elle voulut absolument qu’on le changeast en y metant legitimée de Baviere ce qui causa un grand chagrin a cette Marquise; mais il fallut ceder a la force majeure. Cet incident est sans doute ce qui a fait croire a l’auteur qu’elle pouvoit n’estre pas sortie de la Maison de Baviere.
(4) Le Marquis de Dangeau pouvoit alors avoir 40. a 45. ans.
(5) Elle est jeune et tres aimable.
(6) C’est a dire tenter les galants, on dit en commun Proverbe, tenter le Larron.
Jean de Courcillon [51]
En epousant Sophie,
Lui prouva par raison
Que l’Amoureuse envie
Cede en toute saison
A la Philosophie.
Jean de Courcillon
Comme un autre Tobie, (8)
Passa la nuit dit on
A dire Litanie,
Non par devotion,
Mais par Oeconomie. (9)
Jean de Courcillon
Pour divertir Sophie
Luy conta tout au long
Sa Genealogie, (10)
(7) Le Marquis de Dangeau etoit homme de Lettres et faisoit des vers et il etoit même de l’Accademie Françoise, il ne passoit pas d’ailleurs pour être fort vigoureux, l’auteur veut dire icy qu’il ne depucela point sa femme la 1re nuit de ses noces, ou du moins la regala peu et meme sans le cours de son mariage.
(8) L’Ecriture Ste, au XI. Chapitre du Livre de Tobie, dit que Tobie ayant epousé Sara fille de Raguel, passa la 1re nuit de ses noces en prieres et vescut chastement.
(9) C’est a dire pour menager ses forces.
(10) L’auteur a l’exemple de plusieurs autres courtisans, veut dire que le Marquis de Dangeau n’etoit pas de bonne Maison, mais il se trompe aussi bien qu’eux, car il venoit de Guillaume de Courcillon dés le 13e Siecle, et qui possedoit la terre de ce nom prés Chateau duloir en Anjou.
Elle lui dit, dormons, [52]
Car peu je m’en soucie.
Jean de Courcillon
Jugeant bien que Sophie
N’entendoit pas raison, (11)
Voulut faire folie; (12)
Mais tout lui fit faux bond, (13)
Dont peu je me soucie.
Jean de Courcillon
Dit alors a Sophie,
Pour une autre saison,
Remettons la partie
Le printemps n’est pas bon, (14)
Dont peu je me soucie.
(11) C’est a dire qu’elle ne voudroit pas se laisser depuceler, car elle etoit vertueuse.
(12) C’est a dire la baiser.
(13) C’est a dire ne pût bander.
(14) Elle fut mariée au printemps puisque ce fut le 3e Avril, c’est le temps où on est le plus vigoureux, c’est pourquoi l’auteur fait tenir ironiquement ce discours au Marquis de Dangeau.
Jean de Courcillon
Par une grande braverie
De velours vert dit on,
Couvert de broderie;
Porte un brayer fort long, (15)
Dont peu je m’en soucie.
Jean de Courcillon
Par grande modestie
Couvert d’un Caleçon,
De maniere jolie
Baisa trois fois au front (16)
Son epouse Sophie.
Jean de Courcillon
Par grande prud’hommie
A fait faire un poislon
Pour cuire la bouillie,
Au pretendu poupon, (17)
Qu’il aura de Sophie.
(15) C’est une medisance.
(16) L’auteur continue icy sa plaisanterie sur le peu de vigueur du Marquis de Dangeau.
(17) L’auteur plaisante toujours sur le peu de vigueur du Marquis de Dangeau, et veut faire voir qu’il ne pourra faire d’enfans a sa femme.
Jean de Courcillon, [54]
Croit amuser Sophie
De Ducats, Ducaton,
Perles et Pierrerie;
Mais l’amour est fripon,
Et d’or peu se soucie.
Jean de Courcillon
N’entend pas raillerie,
Et charmé de son nom
Il est tout en furie,
Qu’on l’ait mis en Chanson. (18)
Dont peu je me soucie.
Jean de Courcillon
A sa fille qui crie, (19)
Plus en feu qu’un Lion
Qu’il faut qu’on la marie
Et que de Cupidon
Elle est fort assaillie. (20)
(18) Le Marquis de Dangeau avoit ouy parler des 1ers Couplets de cette Chanson et en avoit temoigné du chagrin.
(19) Le Marquis de Dangeau avoit epousé en 1eres noces ….. Morin dont il avoit eu une fille, l’auteur veut qu’elle fut fort pressée de se marier lorsque son pere se maria; mais il se trompe, elle n’etoit encore qu’un Enfant.
(20) Assaillie du Cupidon, c’est a dire avoir grande envie de faire l’amour.
Chanson 1686 [55]
Sur quelques Femmes et Filles de la Cour du Roy Louis XIV
Chateau (1) sera Princesse, (2)
Car elle a le Coeur grand,
Princesse de mes fesses, (3)
C’est comme je l’entens;
Flon, flon la riradondaine,
Flon, flon lariradondon.
L’on dit que Chateau (4) cede
Au Marquis de Mongon, (5)
Car il l’a gras et roide
Et fait en bon garçon.
Flon, flon etc.
(1) Anne-Madelaine de Chateautiers, l’une des Filles d’honneur de Charlotte Elizabeth de Bavieres Duchesse d’Orleans.
(2) Elle n’etoit jamais contente des partis qui se presentoient pour l’espouser, les trouvant toujours au dessous de ce qu’elle croyoit devoir pretendre.
(3) Cecy n’est autre chose qu’une plaisanterie tres basse.
(4) La même mentionnée dans les 3 Articles precedents.
(5) ……. de Cordebeuf Marquis de Mongon Colonel Lieutenant du regiment Royal des Cuirassiers, si l’auteur croit que Mlle de Chateautiers lui accordast des faveurs, il se trompe, c’etoit un Dragon de vertu.
Chausserais (6) sans voir goute, (7) [56]
Trouve le plus grand V…,
Mais alors qu’ils la f….. toute,
Ils luy sont trop petits;
Flon, flon etc.
Des Filles le modele,
Paulmy (8) est a la Cour
Et l’on n’y connoit qu’elle
Qui fasse tout le jour, (9)
Flon, flon, etc.
La Choin (10) vous est propice
A qui la veut aimer,
Fourant dans sa matrice
Leurs doigts pour l’echauffer,
Flon, slon etc.
Persée des Gorgonnes
N’oseroit aprocher;
(6) Marie Therese le Petit de Vernot Dlle de Chausseraie, l’une des Filles d’honneur de Charlotte Elizabeth de Baviere Duchesse d’Orleans.
(7) Elle avoit la veuë fort mauvaise.
(8) …….. de Voyer Dlle de Paulmy l’une des filles d’honneur de Louise-Françoise de Bourbon legitimée de France, Duchesse de Bourbon.
(9) C’est une medisance.
(10) ……. De Chouin l’une des Filles d’honneur de Marie-Anne de Bourbon legitimée de France, Princesse Douairiere de Conty.
Mais Monsieur de Brionne, (11) [57]
S’en est laissé toucher,
Flon, flon etc.
Roch….(12) est belle,
Elle a beaucoup d’appas;
Mais ma foy l’on dit qu’elle
Montre souvent son cas,
Flon, flon etc.
Profitez de l’absence
Du malheureux Crequy, (13)
Faites a toute outrance
Jeune et charmant Conty; (14)
Flon, flon etc.
Petite Bournonville, (15)
Corrigés vos amants;
(11) Henry de Lorraine Comte de Brionne Grand Escuier de France et Gouverneur d’Anjou en survivance de Louis de Lorraine, Comted’Armagnac son pere, et etoit amoureux de ….d’Hautefort fille d’honneur de Madame la Princesse Douairiere de Conty mentionnée cy dessus, qui etoit fort laide.
(12) …..
(13) Francois-Joseph Marquis de Crequi Colonel Lieutenant du Regiment Royal d’Infanterie, qui etoit exilé à son Regiment.
(14) L’auteur conseille a François Louis de Bourbon Prince de Conty et du sang, de profiter de l’absence du Marquis de Crequi pour avoir des faveurs de …….de Grammont, l’une des filles d’honneur de madame la Dauphine qu’elle aimoit, lorsqu’il s’en alla.
(15) Marie-Victoire d’Albert de Luines femme de ……de Bournonville.
Ils disent par la ville, [58]
Que vous faites souvent,
Flon, flon etc.
Tonnerre (16) persecute
La Jeune Bellefons, (17)
L’on n’en craint point la chute,
Elle a le nés trop long, (18)
Flon, flon, etc.
Quand Polignac (19) endure
De la demangeaison,
Elle suit la nature
Et quitte la raison;
Flon, flon etc.
Crequy (20) belle Marquise
Avec vôtre air Coquet
(16) …….de Clermont Comte de Tonnerre Gentilhomme de la Chambre de Philippes de France Duc d’Orleans.
(17) Marie-Anne Mazarini, femme de Louis-Christophe de Gigault Marquis de Bellefons 1er Escuier de Madame la Dauphine en survivance de Bernardin de Gigault Marquis de Bellefons Marechal de France son pere.
(18) Elle avoit le nez assés long, mais pas trop, et elle êtoit tres aimable.
(19) Marie-Armande de Rambures, femme de …… Marquis de Polignac Colonel d’un Regiment d’Infanterie.
(20) Anne-Charlotte d’Aumont femme de Francois-Joseph Marquis de Crequy.
Vous seriez bien de mise
Si votre oncle (21), n’eut fait,
Flon, flon etc.
Belle Roquelaure, (22)
Votre mary (23) discret,
Vous aime et vous cajolle,
Et scait qu’on vous a fait, (24)
Flon, flon etc.
Conty (25) Charmante veuve
Pour qui languissés vous;
Un amant a l’espreuve
Fait bien mieux qu’un epoux
Flon, flon etc.
Digne d’etre immortelle
Que je plains vos attraits
Conty (26), belle merveille,
On ne vous fait jamais;
Flon, flon etc.
(21) Charles Maurice le Tellier Archevesque Duc de Rheims 1er Pair de France, Oncle Maternel de la Marquise de Crequy, et qu’il avoit aimé.
(22) Marie Louise de Montmorency-Laval, femme de Antoine-Gaston Duc de Roquelaure.
(23) Le Duc de Roquelaure.
(24) C’est une medisance detruite en plusïeurs endroits des Commentaires de ce Recueil.
(25) Marie Anne de Bourbon legitimée de France, veuve de Louis-Armand de Bourbon Prince de Conty.
(26) C’est la mesme.
Saint Geran la devote, (27) [60]
Sans craindre,
Ouvre souvent sa porte
Pour faire ce dit on,
Flon, flon, etc.
De tous les avantages, (28),
Je n’en ay choisi qu’un,
Je fuis le mariage
Et fais sur le commun
Flon, flon etc.
Un Marquis (29) la cajolle,
Un Chevalier (30) lui plaist,
D’un Prelat (31) elle est folle,
Un Jesuitte (32) lui fait,
Flon, flon etc.
(27) Madelaine de Warignies de Montferville femme de Bernard de la Guiche, Comte de St Geran.
(28) Ce Couplet a êté fait par …..
(29) Ce Couplet a êté fait sur …..de Grammont l’une des filles d’honneur de Madame la Dauphine.
(30) ….
(31) ….
(32) ,,,,
La Choiseuil (33) est moqueuse, [61]
En visiere elle rompt,
Elle n’est gratieuse
Que pour ceux qui lui font,
Flon, flon, etc.
La Fiere (34) est brune et blonde
Selon le tems qu’il fait, (35)
Pour plaire a tout le monde,
Surtout a qui plus fait,
Flon, flon etc.
Quelle joie surprenante
Pour les filles d’honneur, (36)
D’aller sans Gouvernante,
Faire avec Monseigneur; (37)
Flon, flon etc.
Le Grand Prieur de France (38)
Boit tout son vin sans Eau, (39)
Et pour sa penitence,
Il fait à la Moreau, (40),
Flon, flon etc.
Il n’est rien qui console
(33) ….de la Baume le Blanc de la Valiere femme de Cezar-Auguste Duc de Choiseul, Pair de France.
(34) ……de la Haye-Vantelet, femme de Charles-Auguste Marquis de la Fare Laugiere, Capitaine des Gardes du Corps de Philippes de France Duc d’Orleans.
(35) Elle êtoit brune, mais quelquefois elle parroissoit blonde a force de poudre, et redevenoit brune lorsque le tems humide faisoit tomber la poudre.
(36) Les Filles d’honneur de Madame la Dauphine.
(37) Lorsqu’elles alloient en partie de plaisir avec Monseigneur le Dauphin, ce qui arrivoit souvent, la Gouvernante et les Sousgouvernantes ne les suivoientpas comme partout ailleurs.
(38) Philippes de Vendosme Grand Prieur de France.
(39) Il etoit fort yvrogne.
(40) Françoise Moreau Chanteuse de l’Opera de Paris que le Grand Prieur entretenoit.
Un certain Pantalon, (41) [62]
D’avoir pris la verole,
En faisant a la Broon, (42)
Flon, flon, etc.
Canisy (43) est trop grosse,
Pour donner de l’amour,
Son ventre est une bosse,
Et son C… est un four
Flon, flon lariradondaine,
Flon flon lariradonondon.
(41) Girolamo Venier Ambassadeur de Venise en France.
(42) …. Berrier femme de René-François Marquis de Broon 1er Escuier de Charlotte Elizabeth de Baviere Duchesse d’Orleans, l’Ambassadeur de Venise etoit amoureux d’elle et lui avoit même fait une fille; son mari qui passoit pour impuissant ne lui ayant jamais fait d’enfant; quant a la verole, c’est une medisance, quoique la Marquise de Broon fut grande baiseuse.
(43) …….de Creuilly femme de …..de Carbounel Marquis de Canisy, Lieutenant de Roy au Bailliage de Coutances en Normandie, elle etoit monstrueusement grosse.
Chanson 1686 [63]
Sur…..Louet Comte de Nogaret
Nogaret tu te mesle
De faire des Chansons, (1)
Ne crains tu point la gresle
Qu’on donne sur ce ton, (2)
Flon flon lariradondaine,
Flon flon lariradondon.
En tous lieux l’on publie
Du noble Nogaret
La Genealogie,
Il se nomme Louet. (3)
Flon, flon etc.
(1) Il avoit fait quelques-unes des Chansons precedentes.
(2) C’est a dire des coups de baston.
(3) Le nom de Nogaret qu’il portoit, et le nom de Cauvisson que portoit son pere etoient fort bons et n’empeschoient pas qu’on ne sceut le veritable nom de la Maison qui etoit Louet. Il venoit de pere en fils de Louis Louvet et par corruption Louet: Seigneur de Mirandot qui epousa l’an 1471 Marguerite de Muras heritiere par Guillaume de Nogaret Chancelier de France et Baron de Cauvisson son 4e Ayeul, des biens de la maison de Nogaret et de la Baronie de Cauvisson, a la verité on disoit que ce Louis Louvet ou Louet venoit d’un Medecin.
Tu fournis des maîtresses,
Aux Jeunes gens de Cour
Qui te prestent leurs fesses,
Où tu fais a son tour, (4)
Flon, flon etc.
Par un destin bizare
Pour le pauvre Louet
Regiment de la Saare, (5)
Tu n’es point Nogaret,
Flon, flon etc.
Nogaret et Langlee, (6)
Langlée et Nogaret,
Gens de meme Couvée (7)
Tous les deux se sont fait;
Flon, flon etc.
(4) Il etoit grand sodomite
(5) Il venoit dacheter le Regiment d’Infanterie de la Ferté Seneterre, et il eut bien voulu que ce Regiment eut porté son nom; mais le Roy à la priere des Officiers l’apella le Regiment de la Saare.
(6) …….de Langlée Marechal des Logis general des Armées du Roy.
(7) Ils etoient tous deux grands sodomites.
(8) Ils s’etoient souvent baisez l’un l’autre.
Chanson 1686 [65]
Sur l’Air……..
Je voudrois faire un Couplet
Pour nôtre Royale Altesse;
Mais je connois ma foiblesse,
Et je me tais a regret,
Apollon, grande Princesse,
Dans ma place trembleroit.
Monglas, j’entens dire a tous
Que votre humeur est charmante;
Mais vous êtes trop scavante
Sur le fait des bons ragouts,
Car le Dieu Comus se vante
De les aprendre chez vous.
A vous le dire entre nous
Incomparable Comtesse,
On voit bien que la jeunesse
A pris racine chez vous
Et que la triste vieillesse
Redoute vôtre couroux.
Les Roses n’ont qu’un matin, [66]
Pour être fraiches et belles,
Le jour finit avec elles
Tel est toujours leur destin,
Et je n’envois d’Immortelles,
Cambout, que sur vôtre teint.
Vous avez belle Breval
Un esprit qui nous enchante,
Et si vous êtes charmante
Vous faites beaucoup de mal,
Votre humeur indiferente,
Fait mourir plus d’un rival.
Par le Marquis de la Chaise de Dauphiné.
Chanson 1686 [67]
J’aime la bonne chere,
J’aime les bons repas;
Mais j’aime encore mieux faire,
Iris, entre vos bras,
Flon flon lariradondere
Flon flon lariradondon.
Je cheris la bouteille,
J’aime avoir mes amis,
Et quand je me reveille,
Je veux faire a Philis;
Flon, flon etc.
Si j’aime Celimene,
Tu ne scais pas pourquoi,
C’est qu’a perte d’haleine,
Elle fait avec moy,
Flon, flon etc.
Ce Jardin, ma bergere
Est sans aucun témoin;
Nous pourrons bien y faire
Dans quelque petit coin,
Flon, flon, etc.
J’ai beu dans la Galere
Plus de cinquante coups,
Et je puis encore faire
Philis avecque vous;
Flon, flon, etc.
Que la peste me creve,
La Sueur, la Pezan,
La Desmatins, la Seve,
Font avec tous venans;
Flon, flon etc.
Charpentier est plus belle
Qu’elle n’a de vertu,
Car on dit que chez elle,
On fait pour un Ecu;
Flon, flon etc.
De l’ancien College
Un ancien Officier,
Seul a le privilege
De faire à Desnoyers; Flon etc.
Heureux qui n’a que l’âge [69]
D’un jeune adolescent;
Car il a l’avantage
De faire plus souvent;
Flon, flon, etc.
Puisque les Mousquetaires
Sont icy revenus
Reprenés vos Breviaires,
Abez ne faites plus;
Flon, flon, etc.
Une jeune femelle
Disoit à Bourdalouë,
N’ai-je pas la main belle,
Pour faire avecque vous,
Flon, flon etc.
Si j’ay l’art de vous plaire
Dites moi donc pourquoi
Vous ne voulez pas faire
Iris avecque moi,
Flon, flon etc.
Si je voulois vous plaire
J’en scay bien le secret, [70]
C’est Philis de vous faire
La fin de ce Couplet,
Flon, flon etc.
Su tu fais d’avantage
Des vers sur l’Opera,
Medor sur ton visage
Berrin repetera,
Flon, flon etc.
Pour ta Chanson infame
Ribon, pour ses propos,
Comme on fait sur ta Femme,
On fera sur ton dos,
Flon, flon etc.
Divine la Fontaine
Vous avez l’air charmant,
Vous valez bien la peine
Qu’on vous fasse souvent
Flon, flon etc.
Du Liscouet infidelle
A pris la Desmatins,
Potnot se moque d’elle, [71]
Et fait soirs et matins,
Flon, flon, etc.
Vous êtes jeune et grasse
Cadette de Coignart,
Prenez quelqu’un qui fasse,
Avec vous sans hazart,
Flon, flon etc.
Pour vôtre soeur ainée,
Avec ses noirs appas,
Elle est fort asseurée.
Le haut deffend le bas.
Flon, flon etc.
En tous lieux vous le faites
Petite Charpentier,
Et l’on dit que vous êtes,
La Catin du quartier;
Flon, flon etc.
Hulot partout public
Qu’avec la Desnoyers,
Comme dans l’Italie,
Il fait des deux costés; [72]
Flon, flon etc.
A la L’estang personne
N’en veut a ce qu’on dit;
Aussi bien qu’Arcabonne
Elle fait sur son lict,
Flon, flon etc.
Vous êtes jeune et belle,
La petite Pezan,
Si vous etiez pucelle,
Je serois votre amant;
Flon, flon etc.
Villequier n’est pas trop sage
D’aller dire partout,
Qu’il eut son pucelage,
Quand il veut, qu’il l’a f…..
Flon, flon, etc.
Une vieille bigotte
Qui n’a plus qu’une dent,
Disoit levant sa Cotte,
Fais charitablement;
Flon, flon etc.
Je connois quelques femmes [73]
Dont je scais bien le nom,
Qui voudroient dans leurs ames,
Qu’on leur fit ce dit on,
Flon, flon etc.
Cette Grammont si fiere,
S’attire mille amans,
Son humeur peu severe
Luy fait faire souvent,
Flon, flon, etc.
Dedans la galerie
J’entendis qu’on disoit,
Faut il toute sa vie
Ne faire que du doigt,
Flon, flon etc.
J’accourus a leur aide,
Voulant les soulager;
Mais elles etoient si laides
Qu’il fallut rengainer,
Flon, flon etc.
La Force si charmante,
Quoi! Tu commence donc [74]
En imitant ta tante,
A faire sur ce ton,
Flon, flon etc.
Ma charmante Brunette
Je serai bientost las,
De te conter fleurette,
Si nous ne faisons pas,
Flon, flon etc.
La belle Celimene,
Disoit a Celadon,
Pour soulager ma peine
Helas, mon cher faisons,
Flon, flon etc.
L’adorable Lisette
Va chantant dans nos bois,
Qu’il est doux sur l’herbette,
De faire quatre fois,
Flon, flon etc.
L’autre jour Amarante
Disoit a Dorilas,
Pour me rendre contente, [75]
Fais moy jusqu’au trepas,
Flon, flon etc.
Quand un vieux coeur soupire,
Pour s’en faire donner,
Il faudroit qu’un satire,
Luy vint assaisonner;
Que je vous trouve a plaindre
Helas, pauvres jaloux,
De voir que sans vous craindre
Vos femmes font chez vous;
Flon, flon etc.
L’amant le plus fidelle,
Pour peu qu’il soit absent,
Doit il priver sa belle
De faire en attendant,
Flon, flon etc.
Sur la terre et sur l’Onde,
La nuit comme le jour,
Les humains de ce monde
Font et feront toujours; Flon, etc.
Sur toutes les goutieres [76]
Les Chattes et les matoux,
Passent la nuit a faire,
Ce que nous fesons tous,
Flon, flon etc.
Si la melancolie
Quelque fois vous surprent,
Cherchez la Compagnie
De ceux qui font souvent,
Flon, flon etc.
Si vous êtes en balance
Lequel choisir des deux,
Donnez la preference.
A qui fera le mieux,
Flon, flon etc.
Vous êtes equitable
Messieurs du Parlement,
Chopin n’est point coupable
Pour avoir fait souvent,
Flon, flon etc (1)
Chopin et sa Mignonne
(1) Chopin Lieutenant Criminel du Chatelet, pere de Chopin de Cousangrey Premier President de la Cour des Monnoies de Paris et de Chopin d’Arnouville, Maistre des Requêtes. Ce Chopin fut six mois à la Conciergerie pour avoir enlevé la femme du Sieur Gasteble, qu’il avoit fait arrêter comme aiant fait mourir sa femme, affaire appaisée par le credit et l’argent de Chopin.
Sont enfin elargis, [77]
L’on dit que la friponne
Fait encore avec luy;
Flon, flon, etc.
La Chasse est fort charmante,
Pour les Filles d’honneur,
Elles yront sans suivante,
Elles font d’un bon coeur,
Flon, flon etc.
Serez vous toujours sage
Marquise de Noisy,
Un Bourbon en enrage,
Ilvoudroit faire aussy;
Flon, flon, etc.
La petite Nanette
Elle a l’air fort charmant,
Fille vaut bien la peine
Qu’on lui fasse souvent;
Flon, flon, etc.
Un jour ma Celimene
Me dit en souriant,
Je crains que maman ne vienne, [78]
Faisons donc vitement,
Flon, flon, etc.
Madame la Riviere,
Qui fait son mary cocu,
Il y en a de même
Qui le font a son insceu,
Flon, flon, etc.
Si l’on te vouloit plaire
Je scay ce que l’on te feroit,
On n’auroit qu’a te faire
La fin de ce Couplet,
Flon, flon, etc.
Jamais cuisse de Lievre,
Becasse, ny Pigeon,
N’ont fait si bonne sausse,
Qu’une fille et un garçon,
Flon, flon etc.
Trois jeunes demoiselle
Assises sur le gazon,
Et pour se regaller,
Ont fait jouer du violon, [79]
Flon, flon, etc.
Les pauvres Petits peres,
Ils sont bien nommez,
Car ils ont l’air de faire
Souvent ce que vous scavez,
Flon, flon, etc.
Fanchon la Couturiere]Avec Margoton,
Cheut en arriere
Au son du violon;
Flon, flon, etc.
Pour cinq ou six pistolle,
Petite des Barros,
Combien de cabriolle
Vous faites sur le dos,
Flon, flon, etc.
Dedans le mariage
Le mary n’est qu’un sot,
Et la femme plus sage,
Le fait et n’en dit mot,
Flon, flon, etc.
Messieurs les Commissaires
Ne venez point chez nous,
Venez, venez pour cette affaire,
Et on le fait chez vous;
Flon, flon, etc.
Un abbé vous Cajolle,
Un Financier vous plaît,
Un plumet vous rend folle,
Un Cordelier vous fait;
Flon, flon etc.
Au fonds de la Fontaine,
Un Duc* veut se baigner, *de Villeroy
Si la chose est certaine,
Que fera du Vivier;
Flon, flon, etc.
Abandonnons la Lire
Qu’amour nous met en main,
Reprenons la Satire
Tirons sur le prochain,
Flon, flon, etc.
La Grammont* en colere *Duchesse
De n’avoir plus d’amant, [81]
S’en va chez la Romere,
Prendre son lavement;
Flon, flon, etc.
Ne quittons pas encore
Un repos si charmant,
Que la naissante aurore
Nous retrouve en chantant,
Flon, flon etc.
Ma petite Cousine*, *le Duc de Richemont qui fait l’amoureux de la Princesse de Bournonville
Prenez de mes avis,
Laissés là cette pine,
Prenez moy un bon v…
Flon, flon, etc.
Pour briller sur la scene,
La pauvre Capistron*, *Capistron de Tholore qui fait l’Opera.
A choisi pour mecene
Un bourgeois* de Vernon; *l’abbé de Chaulieu.
Flon, flon, etc.
On attend des merveilles,
Du f….. de Capistron,
Et des scavantes veilles, [82]
Du bourgeois de Vernon,
Doit me rendre excusable
D’avoir fait la Chanson; Flon
Avec un teint de plastre,
Potenot* scait charmer, * Fille de l’Opera.
Un Abé* plein d’emplastre, *l’Abé Courtin.
Qui n’est bon qu’a berner; Flon
Si j’aime la d’Humiere
Scavez vous la raison,
C’est qu’elle est la premiere
A vous offrir son Con… Flon
Si par quelque razade
Nous perdons la raison;
Demain cher camarade
Nous la retrouverons;
Flon, flon.
Sonnet 1686 [83]
Imité de ceux de Clement Marot; Sur N….. Caumont de la Force, fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere, femme de Louis Dauphin de France.
Maudit l’instant que sort malencontreux
Me fit déchoir de tant haute fortune,
Jadis par jour qu’atre fois plustost qu’une
Voyoit l’objet qui me rend soufreteux. (1)
Plus ne verray sans un temoin ou deux, (2)
Les percecoeurs (3) de ma Deesse brune, (4)
Ces deux beaux yeux que legere rancune, (5)
A desorné de regards amiteux. (6)
(1) C’est a dire l’objet qui m’a fait souffrir.
(2) C’est qu’etant fille d’honneur de Madame la Dauphine, on ne l’a voyoit point sans la Gouvernante ou la sous Gouvernante de ses filles qui les accompagnoient partout.
(3) C’est a dire les beaux yeux en vieux langage.
(4) Mademoiselle de la Force etoit brune.
(5) C’est a dire un leger chagrin qu’elle a contre moy, on ne scait ce que c’est.
(6) Regards favorables
Depuis sommeil avecque moy n’habite, [84]
Soucy rongeant nuit et jour ne me quitte,
En contre moy le Ciel est en couroux;
De m’egayer maintes fois je m’efforce,
Voudrois voler où mes plaisirs sont tous; (7)
Mais point ne sert le desir sans la force. (8)
(7) C’est a dire vers elle qui fait tous mes plaisirs.
(8) Cecy est un jeu de mot sur le nom de Mlle de la Force, le jeu de mots est fort usité dans Marot dont ce sonnet cy est imité.
Chanson 1686 [85]
Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant.
Sur quelques unes des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.
Biron (1) disoit a deux genoux,
N’aurai-je jamais un epoux?
Saint Joseph (2) m’abandonnéz vous?
Serai je toujours fille? (3)
N’aurai je jamais un epoux?
Moy qui suis si gentille. (4)
Grammont (5) repond d’un air soumis,
Saint Joseph ora pro nobis;
Quel peché puis-je avoir commis?
Serai-je toujours fille? (6)
Saint Joseph ora pro nobis
Eh donnés moy famille.
(1) Marie-Madeleine-Agnes de Gontaut de Biron.
(2) St Joseph est le Patron des Filles a marier.
(3) Elle commençoit a être vieille.
(4) Ce cy est dit ironiquement parce qu’elle n’etoit plus jolie; mais elle l’avoit êté.
(5) ……..de Grammont.
(6) Elle s’ennuyoit du Celibat, car pour la virginité elle y avoit mise.
Ah que Monseigneur (7) est charmant, [86]
Disoit la Force (8) en soupirant,
Que n’est il plus entreprenant, (9)
J’en ferois la folie,
Ah que Monseigneur est charmant;
Faut il que je l’en prie?
(7) Louis Dauphin de France.
(8) …….. Nompar de Caumont dite Mad.lle de la Force qui aimoit Monseigneur.
(9) Elle se plaignoit que Monseigneur ne l’a pressoit pas assez de lui accorder des faveurs.
Chanson 1686 [87]
Sur l’Air de Flon, flon
Sur des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere femme de Louis Dauphin de France
Biron, (1) nôtre Doyenne (2)
S’endort mal aisement,
A moins qu’elle ne tienne
Le V…. de son amant, (3)
Flon, flon la riradondaine
Flon, flon lariradondon.
Grammont (4) pendant l’absence
Du malheureux Crequy (5)
Tu fais bien penitence,
Car tu n’as point de V…
Flon, flon etc.
(1) Marie-Madelaine Agnés de Goutaut Biron.
(2) Elle etoit lors la plus avancée ou la 1re pour le rang des Filles d’honneur de Madame la Dauphine.
(3) Cecy est une medisance affreuse, Mlle de Biron a toujours êté tres vertueuse.
(4) Francois-Joseph Marquis de Crequy, Colonel du Regiment Royal d’Infanterie qui etoit exilé a son Regiment et que Mlle de Grammont aimoit.
La Force (6) si charmante, [88]
Quoi tu commence donc,
En imitant ta tante, (7)
A faire tout de bon,
Flon, flon etc.
(5) …… Nompart de Caumont Dlle de la Force.
(6) ……. Nompart de Caumont de Castelmoron, dite aussi Mlle de la Force sa cousine et non pas sa tante, et grande putain.
Chanson 1686 [89]
Sur l’Air des Folies d’Espagne
Sur Julie de Crevant de Humieres appellée avant le mariage de ses soeurs Mlle de Mouchy
Le Marechal (1) fait faire bonne garde,
Pour empescher que l’on ne pisse icy, (2)
Il feroit mieux de mettre Sauvegarde
Pour empescher qu’on ne f…te Mouchy. (3)
(1) Louis de Crevant d’Humieres, Marêchal de France, Grand Maitre et Capitaine General de l’Artillerie, etc., pere de Mlle de Mouchy qu’on appelloit alors Mlle de Humieres.
(2) L’Arsenal demeure des Grands Maitres de l’Artillerie, ou le Marechal empeschoit soigneusement qu’on ne fit des ordures.
(3) Mlle de Mouchy ou de Humieres etoit fort belle, avoit beaucoup d’amans et ne passoit pas pour leur être fort cruelle.
Epigramme 1686 [91]
Au Roy Louis XIV par …. Sanguin
Qui demandoit a S M.té une gratiffication pour retablir une maison qu’il avoit a la campagne que le tonnerre avoit endommagée.
Il ne m’apartient pas d’entrer dans vos affaires;
Ce seroit un peu trop de curiosité,
Cependant l’autre jour songeant a mes miseres,
Je Calculois le bien de votre Majesté,
Tout bien compté, j’en ay la memoire recente,
Car le Calcul en est facile et cour.
Il vous revient par an cent millions de rente, (1)
Qui rendent a peu prés cent mil escus par jour,
Cent mille escus par jour en font quatre par heure,
Pour reparer les maux pressans,
Que le tonnerre a fait a ma maison des Champs
Ne pourois-je obtenir, sire avant que je meure
Un quart d’heure de votre temps? (2)
(1) Le revenu annuel du Roy etoit alors de quatre vingt treize millions par an, ce n’est pas loing de cent.
(2) C’est a dire ce qu’il vous revient par quart d’heure sur le pied de vôtre revenu annuel.
Epigramme 1686 [93]
Sur Estienne de Camus Evesque et Prince de Grenoble fait Cardinal par le Pape Innocent XI au mois de Sept. 1686.
L’Eminentissime Camus,
A si bien dit ses Oremus, (1)
Qu’il est au comble de sa gloire;
Les Vivonnes, (2) et les Bussy, (3)
Sont chargés d’en faire l’histoire, (4)
(1) L’Evesque de Grenoble tres debauché du tems qu’il etoit aumonier du Roy Louis XIV comme on verra par la suitte, prit tout d’un coup l’esprit de penitence, dés qu’il fut Evesque il vescut d’une maniere tres austere et tres singuliere; car il ne se contenta pas d’une residence exacte et d’une application infinie dans le Gouvernement de son Diocese, il preschoit outre cela continuellement, il ne vivoit que de Legumes, il mangeoit avec ses domestiques dans un Refectoire; ses gens ne le voyoient jamais coucher ny se lever, de maniere que plusieurs personnes croyoient qu’il couchoit sur la dure, enfin l’exterieure de ce Prelat ne montroit que la penitence et l’austerité; cependant les speculatifs jugeoient autrement de l’interieur et l’on etoit persuadé que l’amour de Dieu et la crainte de ses Jugemens avoient moins de part a cette maniere de vivre que la vanité et l’ambition, ce qui arriva par la suitte augmenta ces soubçons, car le Pape Innocent XI, l’ayant fait Cardinal au mois de Sept. 1686, sans qu’il eut paru etre appuyé d’aucune protection a Rome, et etant même brouillé avec la Cour de France par ce qu’il etoit Janseniste outré il n’y eut plus lieu de douter qu’il n’eut des intelligences particulieres avec sa sainteté, et ses Ministeres, l’on ne doutoit même pas que ce ne fut aux depens du Roy, qui avoit pour lors de grandes affaires avec la Cour de Rome.
(2) Louis-Victor de Rochechouart Comte de Vivonne.
(3) Roger de Rabutin Comte de Bussy Maître de Camp general de la Cavalerie legere.
(4) Cette histoire est que l’n 16….le Cardinal le Camus lors Aumonier du Roy et apellé l’Abé le Camus, fut passer la Semaine Sainte a Roissy maison de M. de Vivonne avec lui le Comte de Bussi Philippes de Mancini Duc de Nevers…..de Longueval Comte de Manicamp, et plusieurs autres debauchés; ils y mangerent de la viande, et par une impieté horrible ils y baptiserent un Cochon de lait avec les Ceremonies de l’Eglise et le nommerent Carpe, on pretend meme que l’Abé le Cmus qui etoit Ecclesiastique fit cette belle Ceremonie.
Et s’informent par tout icy
Pour lui donner un nom plus noble
S’il est Cardinal de Grenoble, (5)
Ou bien Cardinal de Roissy. (6)
(5) C’est a dire la vie sainte qu’il a mené á Grenoble.
(6) Ou celle qu’il a mené du tems qu’il fut a Roissy.
Nota, Qu’on a veu depuis par les Memoires du Comte de Bussy imprimés aprés sa mort l’an 1697 que cette debauche pretendue et inventée, et consista en un medianoche le jour de Pasque où l’Abbé le Camus n’assista meme pas, car il s’en êtoit retourné a Paris le Jeudy Saint.
Chanson 1686 [95]
Sur l’Air du 1er Rigaudon de l’Opera d’Atis et Galathée.
Sur une Bague que Louis-Joseph Duc de Vendosme, de Mercoeur et d’Estampes, Pair de France, Gouverneur de Provence, donna a Jean Baptiste Lully, Conseiller Secretaire du Roy Maison et Couronne de France et de ses Finances, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.
Je porte (1) au doigt
L’Anneau que le vieux Vendome (2)
Raporta jadis de Sodome, (3)
Comme chacun croit,
Qu’il est joly,
C’etoit la recompense
D’un bou… accomply. (4)
(1) C’est Lully qui parle.
(2) Cezar Duc de Vendosme fils naturel du Roy Henry IV et grand pere de Louis Joseph Duc de Vendosme, duquel il est parlé dans cette chanson, ce Caezar mourut en 1665.
(3) Le vieux Vendosme etoit grand sodomite, l’auteur feint qu’il l’avoit autrefois aportée de Sodome qt qu’il etoit venu par succession a son petit fils.
(4) Le Duc de Vendosme etoit tout aussi grand sodomite que son grand pere, et meme bien plus vilainement, car il ne se cachoit pas et s’en faisoit donner par Laquais, Porteurs de Chaise, paisans, en un mot tout lui etoit bon.
C’est pour Lully, [96]
Eh pouvoit on en france,
Mieux choisir que luy. (5)
(5) Lully êtoit Sodomite outré, ainsi un Anneau venu de Sodome porté par le vieux Vendosme et transmis au Duc de Vendosme d’alors ne pouvoit mieux convenir qu’a luy.
Nota; Que le Duc de Vendosme donna cette bague a Lully pour le recompenser de l’Opera d’Atis et Galathée qu’il avoit fait pour ce Duc, et qu’il fit representer par ses Acteurs a Anet, ou le Duc de Vendosme donna une feste l’an 1686 a Louis Dauphin de France pendant 8 jours et qui fut d’une grande magnificence.
Chanson 1686 [97]
Sur l’Air…..
Faite par Jean Baptiste Luly; sur Françoise dite Fanchon Moreau Chanteuse de l’Opera de Paris.
Adorable Scilla, (1)
Adorable Scilla,
Quand Paris a Venus la Pomme presenta, (2)
Elle eut êté pour vous, (3) mais vous n’etiez pas là.
(1) C’est qu’elle representoit le personnage de Scilla dans l’Opera d’Atis et Galathé qu’on jouoit alors.
(2) Tout le monde scait ceque c’est que le Jugement de Paris tant celebré par les poëtes, où ce berger donna avec la Pomme d’or jettée par la Discorde pendant le festin des noces de Thetis et Pelée, le prix de la beauté a Venus.
(3) Fanchon Moreau êtoit la mieux faite, la plus belle de toutes les actrices de l’Opera.
Autre [98]
Sur le même Air
Sur…….de Subligny Chanteuse de l’Opera de Paris.
Ah je vois dans vos yeux,
Ah je vois dans vos yeux
Voltiger un enfant plus beau que tous les Dieux. (1)
Ne lui refusez rien, vous en danserez mieux.
(1) L’Amour
Chanson 1686 [99]
Sur l’Air: Ne troublés pas nos jours.
Sur la retraite de Louis de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang, Chtr des Ordres du Roy, Grand Maistre de France, Gouverneur de Bourgogne lequel se retira sur la fin de sa vie, en sa Maison de Chantilly, où il vecut comme un simple particulier; jusques a sa mort arrivée a Fontainebleau où il etoit venu faire un voyage le 11 Decembre 1686.
Que fait à Chantilly Condé ce grand heros,
Et le plus bel Esprit de la nature
Il écoute les vers de trois ou quatre sots,
Et c’est de quoy chacun icy murmure,
Surtout on est surpris qu’un Prince si parfait
N’ait plus qu’un Martinet*
Pour son Voiture.
* L’Abé Martinet Bourgeois et par sa naissance et par ses plaisanteries, qui etoient tres fades et tres frequentes, et lequel faisoit neantmoins le bel Esprit. Il n’etoit pas surprenant que le grand Prince de Condé se rabaissat quelque fois dans sa retraite a entendre et a entretenir des esprits mediocres, et les mauvais plaisans tel que l’Abbé Martinet. Il falloit qu’il s’occupât et que pour cela il fut moins difficile dans le choix des gens qui l’aprochoient, autrement tout grand heros qu’il etoit, il n’eut quasi veu persone. Les Courtisans ne songeant gueres a aller faire leur Cour a un homme qui ne leur est plus bon a rien, tel qu’estoit alors ce Prince.
Chanson 1686 [101]
Sur l’Air des Rigaudons de l’Opera d’Acis et Galthée
Sur ……Martinet Bourgeois de Paris
Si Martinet, (1)
Ne met rien en lumiere, (2)
C’est qu’il craint de Lignieres, (3)
Un nouveau couplet, (4)
Ce bel esprit, (5)
Seul né pour la Satire, (6)
Rentre en son credit
D’un noir chagrin,
(1) L’Abbé Martinet mentionné dans l’Argument.
(2) Il êtoit Poëte et faisoit souvent d’assés mechants vers, et d’assés mechantes Chansons, il n’en avoit point fait depuis quelque tems.
(3) C’est que Lignieres Bourgeois de Senlis demeurant à Paris, avoit fait contre lui le couplet precedent.
(4) Ce Ligniere êtoit une espece de Critique et de bas Comique qui croyoit s’estre donné un grand relief en trouvant a redire a tout ce qui se disoit, a tout ce qui se faisoit, et surtout a tout ce qui s’escrivoit. Il regentoit parmy la Bourgeoisie et n’osoit aprocher des gens d’un certain etage.
(5) Ligniere.
(6) Il trouvoit a redire a tout comme il a êté desja dit.
Boileau meme soupire, (7) [102]
D’etre son Cotin. (8)
(7) Nicolas Boileau Sr des Preaux fameux Poëte satirique.
(8) Boileau dans ses Satyres et ses Epitres a souvent tiré sur l’Abé Cotin mauvais Poëte de son temps, et comme Ligniere tres mauvais Critique tiroit aussi en toutes occasions, et fort mal a propos sur les ouvrages de Boileau, comme Boileau sur Cotin. L’auteur de cette Chanson qui vraisemblablement est l’Abé Martinet dit que Boileau est le Cotin de Lignieres et qu’il en est fort affligé, ce qui est dit ironiquement, car Boileau meprisoit fort la Critique de Lignieres, et avec raison.
Sonnet 1686 [103]
Sur la mort de Louis de Bourbon IId du nom; Prince de Condé 1er Prince du sang, Duc de Bourbonnois de Chasteauroux, de Montmorency, et de Bellegarde, Gouverneur de Bourgogne et Bresse, 1er Pair et grand Mr de France en survivance de Henry-Jule de Bourbon Duc d’Enguyen son fils, Comte de Clermont, Stenay, Dun et Jamets, Chtr des Ordres, arrivée a Fontainebleau, le 11 Decembre 1686.
Condé traita la mort d’un air audacieux (1)
On eut dit qu’il gagnoit sa derniere victoire,
A peine l’univers est assez spacieux
Pour suffire a pouvoir contenir tant de gloire; (2)
Nous aurons ses beaux faits toûjours devant les yeux,
Monumens éternels du temple de memoire,
Et d’un si grand heros les restes precieux
Que la posterité refusera de croire.
Quelle teste (3), quel bras (4), quels talens a choisir (5)
(1) Ce Prince mourut avec toute la fermeté qu’on devoit attendre d’un heros comme lui.
(2) Qui pourroit escrire les glorieuses actions de ce grand Prince.
(3) Ce Prince fut aussi grand Capitaine que vaillant soldat.
(4) Ce Prince fut aussi grand Capitaine que vaillant soldat.
(5) Il avoit un scavoir infiny, n’ignorant presque rien.
Tout en fut merveilleux jusques a son loisir (6) [104]
Dont le bruit a rempli l’un et l’autre hemisphere,
Nul ne sceut mieux agir (7) quand il fut a propos,
Et comme il sceut aussi noblement ne rien faire,
Nul ne sceut mieux gouter un triomphant repos.
(6) Ayant quitté le service l’an 1677, il se retira dans sa maison de Chantilly, s’occupant de la lecture et de l’Agriculture avec la meme tranquilité que s’il n’eut eté capable d’autre chose.
(7) Un des principaux talens de ce Prince êtoit de prendre bien son party sur le champ et de profiter de l’Occasion.
Sonnet 1686 [105]
Sur le meme sujet que le precedent.
Nota, Que dans celui cy l’autheur fait parler le Prince de Condé
L’Espagne par mon bras aux plaines de Rocroy, (1)
Receut le coup mortel qui commença ma gloire,
Lents (2), Nortlingue (3), Fribourg (4) gardent avec effroy,
Du grand nom de Condé l’eternelle memoire.
Les Sieges les combats furent des jeux pour moy,
Mes differents travaux ont enrichy l’hisoire, (5)
(1) Le Prince de Condé n’etant encore que Duc d’Enguyen et âgé de 21 ans, fut fait Lieutenant general de l’Armée Françoise, et gagna le 19 May 1643 la Bataille de Rocroy, defit l’Armée Espagnole commandée par D. Francisco de Mellos, et fit par cette victoire lever le siege de cette place: l’Infanterie Espagnole y fut taillé en pieces et son general le Comte de Fontaine tué.
(2) Le 20 Aoust 1648 le Prince de Condé gagna la Bataille de Lens contre l’Armée Espagnole et commandée par l’Archiduc Leoold d’Autriche, et reprit cette ville.
(3) Le 3 Aoust 1645 le Prince de Condé n’etant encore que Duc d’Enguien, gagna la Bataille de Nortlingue contre les Imperiaux et Bavarois commandez par le General Marcy qui y fut tué.
(4) Le Combat ou pour mieux dire les combats de Fribourg, puisqu’ils durerent les 3, 4, 5, et 9 du mois d’Aoust 1644 dans lesquels le Prince de Condé n’êtant encore que Duc d’Enguyen, defit les Imperiaux et Bavarois retranchez sous cette ville qu’ils avoient prises et que ce Prince reprit.
(5) Il faudroit un volume entier pour ecrire toutes les victoires qu’a remportées ce grand Prince, dont la valeur fera un des plus endroits de notre histoire.
Et si j’avois toujours combattu pour mon Roy, (6) [106]
On m’auroit veu partout suivy de la victoire. (7)
Heureux encore un coup d’avoir la foudre en main (8)
A Seneff. (9) j’aterray l’Ibere (10), et le Germain, (11)
(6) Le Prince de Condé ayant êté arresté avec le Prince de Conty son frere et le Duc de Longueville son beau frere le 18 Janvier 1651 par l’Ordre de la Reine Mere Regente et les Conseils du Cardinal de Mazarini 1er Ministre, sortit de prison le 13 Fevrier 1651 et outré de ce traitement fit d’abord laguerre au Roy autour de Paris et en Guienne dont on lui avoit donné le Gouvernement; mais enfin ne pouvant resster aux troupes du Roy, il passa avec les siennes en Flandres au service des Espagnols contre la France où il ne revint qu’aprés la paix des Pirennées, dans laquelle il fut compris l’an 1659.
(7) Hors le siege de Lerida le 17 Juin 1647 on a remarqué qu’il a toujours êté heureux dans ses entreprises tant qu’il a commandé les Armées Françoises, il n’en a pas toujours eté de même lorsqu’il a fait la guerre au Roy; cependant il faut convenir que ce dernier temps est le plus beau de sa vie, que sa conduitte et sa valeur y ont eclaté partout; que sa fermeté dans la Bataille du Fauxbourg St Antoine le 2 Juillet 1652, la beauté de sa Retraite qu’il fit ayant eté forcé dans les Lignes d’Arras le 25 Aoust 1654, le secours de Valenciennes le 16 Juillet 1656 et celui de Cambray le 30 May 1657 sont des actions d’eternelle memoire.
(8) Le Roy Louis XIV voulant conquerir la Franchecomté comme il fit en 3 semaines au commencement de 1668 en personne, donna le commandement de ses Armées au Prince de Condé, et il les commanda jusqu’en l’an 1676 qu’il fut pris au mot, ayant demandé a se retirer dans sa Maison de Chantilly, croyant qu’on feroit succeder Henry Jules de Bourbon Duc d’Enguyen son fils unique selon son dessein plutost que de se passer de lui, en quoi il fut trompé.
(9) Le Prince de Condé Generalissime de l’Armée du Roy en Flandres l’an 1674 defit entierement l’arrieregarde de l’Armée des Ennemis alliez contre la France le 11 Aoust au nombre de 60000 hommes commandée par Guillaume-Henry de Nassau, Prince d’Orange, les Comtes de Monterey et de Souches.
(10) Ibere veut dire les Espagnols.
(11) Germain veut dire les Allemans.
Un loisir heroique acheva ma carriere. (12) [107]
Mais de quoi m’eut servi tout ce faste éclatant,
Si Dieu n’eut daigné faire a mon heure derniere
D’un superbe vainqueur un heros penitent. (13)
(12) La retraite qu’il fit a Chantilly où il veut comme un simple particulier, depuis qu’il eut quitté le Commandement des Armées l’an 1676.
(13) Il mourut à Fontainebleau le 11 Decembre 1686 ou la petite verole de Louise-Francoise de Bourbon legitimée de France, femme de Louis Duc de Bourbon son petit fils l’avoit fait venir. Il y tomba malade et y mourut avec une fermeté heroïque et chrestienne.
Epigramme 1689 [109]
Faite par un Gascon; sur ceque Henry-Jules de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang, etc., avoit promis 1000 Ecus a qui feroit le plus bel Eloge de feu Louis de Bourbon aussi Prince de Condé, et 1er Prince du sang son pere.
Pour celebrer tant de vertus,
Tant de hauts faits, et tant de gloire,
Mil Ecus, rien que mil Ecus,
Ce n’est pas un sot la victoire.
Cette Epigramme n’a pas besoin de Commentaire.
Chanson 1687 [111]
Sur les projets qu’on croyoit que Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois etc. pour l’etablissement de sa Famille.
Sur l’Air des Ennuyeux.
Par le Comte de Morstein. Mr de Louvois fit entendre qu’il recompenseroit bien celui qui lui indiqueroit l’auteur. On lui escrivit un Billet portant;
Louvois garde tes Louis,
J’êtois seul quand je les fis;
Maurice (1) disoit à Louvois, Alias Christophe et Cretoffe par allusion a sa grande et grosse figure.
Mon frere vous n’êtes pas sage,
De quatre enfans que je vous vois,
Vous negligez les avantages;
Louvois repond avec soupirs,
J’a seu moderer mes desirs.
Barbezieux (2) reglera l’Etat,
Souvré (3) remplacera Turenne;
L’Abbé (4) vise au Cardinalat,
(1) Charles-Maurice le Tellier Archevesque Duc de Rheims, Pair de France frere de Mr de Louvois.
(2) Louis-Francois le Tellier Marquis de Barbezieux 3e fils de Mr de Louvois receu en survivance de la Charge de Secretaire d’Etat, il avoit auparavant êté Chtr de Malthe.
(3) Louis-Nicolas le Tellier Marquis de Souvré Mr de la Garderobe du Roy, Colonel d’un Regiment de Cavalerie, 2d fils de Mr de Louvois.
(4) Camille le Tellier, Abé de Bourgueil etc. receu dans la Charge de Bibliothequaire du Roy, que son Oncle l’Archevesque de Reims exerçoit a cause de sa jeunesse, 4e fils de Mr de Louvois.
Courtenvaux (5) seul me met en peine, [112]
Il est sot, il a mauvais air,
Je n’en ferai qu’un Duc et Pair. (6)
(5) Francois le Tellier Marquis de Courtenvaux Capitaine des Cent Suisses de la Garde du Corps du Roy, Colonel du Regiment d’Infanterie de la Reine, fils ainé de Mr de Louvois. Il avoit êté receu en survivance de la Charge de Secretaire d’Etat; mais y etant peu propre son pere l’obligea de s’en demettre en faveur de Louis Francois le Tellier son frere lors Chtr de Malte.
(6) Il est certain que Mr de Louvois n’avoit autre but dans sa faveur que de mettre un Duché Pairie dans sa Maison comme avoient fait les Secretaires d’Etat de Villeroy et de Sceaux.
Chanson 1687 [113]
Servant de reponse a la precedente;
Sur le même air.
Louvois prens garde de mourir,
Car ton projet quoique modeste
Pourroit par la suitte souffrir,
Quelque Catastrophe funeste,
Et sans trop faire le devin;
Voici quel sera son destin.
De ton (Ton fils) Secretaire d’Etat,
On fera (Sera traité) comme de Blainville. (1)
Souvré sera mauvais soldat,
Ton Abbé Curé de Chaville, (2)
Et l’on fera de Courtenvaux,
(1) Armand-Jules Colbert Marquis de Blainville fut receu en survivance de la Charge de Surintendant des Bastimens du vivant de Mr Colbert son pere et on l’en depouilla dès que ce Ministre fut mort pour en revetir Mr de Louvois. Ce Mr de Blainville fut depuis grand Me des Ceremonies par le credit de Francoise d’Aubigné Marquise se Maintenon qui se fit un honneur de soutenir la famille de M. Colbert, qui sans elle eut eté perduë par les credit des Telliers leurs competiteurs; Et il a montré depuis beaucoup de valeur et de capacité pour la guerre et a êté tué a Hochstet.
(2) Chaville est une petite Terre prés Versailles appartenante a Mr de Louvois.
Ce qu’on a fait de Phelypeaux. (3) [114]
(3) Louis Phelypeaux Baron d’Hervy, fils aîné de Mr de la Vrilliere Secretaire d’Etat êtoit receu en survivance de son pere; mais il devint fou et on fut obligé de l’enfermer aprés l’avoir fait se demettre en faveur de Balthazar Phelypeaux Marquis de Chateauneuf son Cadet.
Chanson 1687 [115]
Sur l’Air de….
Sur….
Qu’il soit ou ne soit pas gueri,
Qu’il soit ou ne soit pas mary,
D’une Chimene décrépite;
Qu’il soit cocu, qu’il soit content,
Qu’il soit devôt ou hypocrite
Tout cela m’est indifferent.
Chanson 1687 [117]
Sur l’Air Croissés croissés jeunes raisins.
Sur…. Comte du Charmel Capitaine des 100 Gentilshommes de la Maison du Roy et Lieutenant general au Gouvernement de l’Isle de France.
Jouez, jouez charmant Charmel, (1)
Rendez vôtre memoire illustre dans la France,
Disciple de Dangeau (2) nagez dans l’opulence,
Et soyez en amour plus doux que Caramel. (3)
Nos voeux sont accomplis votre fortune est faite,
L’Arrest du sort le veut ainsi
Pour vous le Jeu du Reversy, (4)
(1) Ce Comte de Charmel etoit grand Joueur et avoit si bien fait ses affaires a ce metier que de tres pauvre Gentilhomme et de simple Capitaine d’Infanterie au Regiment Dauphin, il etoit devenu riche Courtisan et avoit acheté des Charges.
(2) C’etoit Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau etc. qui avoit mis le Comte de Charmel dans le grand jeu de la Cour où il avoit fait ses affaires a l’exemple de ce Marquis qui y avoit aussi fait sa fortune.
(3) Le Comte de Charmel etoit galante et etoit fort fade en amour.
(4) Le Roy venoit d’etablir a Versailles un jeu de Reversy où il avoit mis avec luy les plus riches et les plus gros joueurs de sa Cour. Le Comte du Charmel en etoit; Et l’auteur de cette Chanson ne doute pas qu’il ny fasse bien ses affaires comme il avoit desja fait a la Bassette, où il avoit gagné beauoup et fait la plus grande partie de sa fortune.
Sera ce qu’estoit la Bassette. (5) [118]
(5) Lisez l’Article precedent.
Chanson 1687 [119]
Sur l’Air: Il a battu son petit frere.
Sur Julie de Crevant de Humieres appellée alors Madle de Mouchy fille de Louis de Crevant de Humieres Marechal de France etc.
Belle Mouchy que veux tu faire
Au Grand Prieur (1), tu ne peux plaire,
Quand il te voit tromper Conty: (2)
Ne lui fais plus voir ta tendresse,
Car il est plus fidele amy,
Que tu n’es fidelle Maistresse.
Condé (3) reviens de l’autre monde,
Il faut resusciter la fronde. (4)
(1) – (2) Mademoiselle de Mouchy avec qui Louis-François de Bourbon Prince de Conty etoit en commerce amoureux depuis longtems, lui devenoit infidele pour Philippes de Vendosme Grand Prieur de France qu’elle lorgnoit, et qu’elle eut bien voulu rendre amoureux d’elle, et comme le Grand Prieur etoit amy du Prince de Conty, l’auteur est persuadé qu’il ne profitera pas de la tendresse qu’elle lui fait voir.
(2) – (4) Le Prince de Condé avoit êté emprisonné le 18 Janvier 1651 par ordre du Roy Enfant de la Reine sa mere Regente, et les Conseils du Cardinal Mazarin 1er Ministre, il se mit a la teste du party formé en France contre ce Cardinal et apelé la Fronde, et fit la guerre civile qui dura jusqu’en l’année 1653, qu’il se retira au servcedes Espagnols. L’auteur veut qu’il revienne de l’autre monde pour resusciter ce party contre le Grand Prieur de France qui etoit petit neveu du Cardinal Mazarin, par Victoire Mancini Duchesse de Mercoeur sa mere et fille de la propre soeur de ce Cardinal.
Contre le Sang du Mazarin, (5) [120]
Si l’Oncle te fut si contraire,
Le neveu (6) suit meme chemin,
Et veut au tien ravir Humieres. (7)
5 Voyez l’Article precedent.
(6) Le Grand Prieur.
(7) Qui peut être auroit repondu a la tendresse que Mlle de Mouchy de Humieres lui temoignoit, et l’eut ainsi ostée au Prince de Conty neveu du Prince de Condé.
Chanson 1687 [121]
Sur l’Air: Il a battu son petit frere.
Sur ….. de Chaulieu Abbé.
Chaulieu ta veine temeraire
Insulte la belle d’Humiere, (1)
Toy pour qui jamais Apollon
Ne ressentit que de la haine
Et dont le Cidre de Vernon (2)
Fut toujours le seul Hippocrene.
(1) Il etoit l’auteur de la Chanson precedente.
(2) L’Abbé de Chaulieu etoit né dans le Vexin pres de Vernon, pais où il vient du Cidre, on l’apelloit aussi par plaisanterie le Bourgeois de Vernon.
Chanson 1687 [123]
Sur l’Air du Duc de Beaufort.
Sur Marie Charlotte de Castelnau, femme d’Antoine-Charles Duc de Grammont Pair de France.
La Duchesse de Grammont
Est a present fort sage, (1)
Et scavez vous la raison,
C’est qu’on ne veut plus de fron
Si large, si large, si large.
(1) Elle ne l’avoit pas toujours eté, comme l’on peut voir cy-devant.
Chanson 1687 [125]
Sur l’Air: la petite Brunette.
Sur Armand du Cambout Duc de Coislin Pair de France, et sur Madelene dit Halgoet de Kaergrech sa femme.
Coislin a tant f…tu
Sa petite Coasline,
Qu’elle en a le trou du cu,
Comme de la poix resine;
Ah petite Coasline
Ah que l’on t’a foutu.
Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire, il sufit de dire que le Duc de Coislin devot et laid, et tres mal propre a la galanterie, couchoit toujours avec sa femme.
Chanson 1687 [127]
Sur l’Air des Branles de Metz
Sur …. Fremont femme de Guy de Durfort, Comte de Lorge, Marêchal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy.
La petite Mareschale,
Fille de Monsieur Fremont, (1)
Affecte l’air et le nom,
Et de Sainte et de Vestale;
Cependant on dit partout
Qu’un petit Abé (2) la trinballe (baise),
Cependant on dit partout
Qu’un petit Abbé la F….
(1) Nicolas Fremont fameux Financier, il est mort garde du Tresor Royal apres avoir passé par tous les moindres emplois de sa profession.
(2) L’Abbé de Broglio.
Chanson 1687 [129]
Sur l’Air de….
Sur ….. de la Tour Marquis de Gouvernet.
D’esprit et de figure
Il n’est rien de si laid,
Qu’un monstre de nature,
Qu’on nomme Gouvernet, (1)
Partout il se promeine,
De Maison en maison,
Et l’on ne scait qu’a peine
S’il est homme ou guenon.
(1) Il etoit bossu, tortu, nain, et avoit le visage laid et la peau toute farineuse et pleines de dartres et des Cheveux roux et avec cela on le voyoit partout.
Chanson 1687 [131]
Sur l’Air des Ennuyeux.
Sur ….de Gevaudan Dlle de Montpellier, et depuis Comtesse de Ganges, dont Pierre de Bonzi, Cardinal Archevesque de Narbonne êtoit amoureux.
J’entendis dire l’autre jour
A des gens qui parloient sans feinte,
Sur le mistere de l’amour,
Que Gevaudon etoit enceinte,
Ces gens là l’entendent fort mal,
Elle a toujours son Cardinal. (1)
(1) Ce cy est un jeu de mot sur le mot de Cardinal par raport au Cardinal de Bonzi et par raport aux malles semaines que l’auteur dit qu’avoit alors Made de Gevaudan, et qu’on apelle aussi le Cardinal, preuve certaine qu’elle n’etoit pas grosse.
Chanson 1687 [133]
Sur l’Air du Rigaudon de l’Opera d’Acis et de Galatée
Sur la mort de Jean Baptiste Lully Conseiller Secretaire du Roy, Maison et Couronne de France et de ses Finances Sur-Intendant de la Musique du Roy Louis XIV, qui deceda le….. Mars 1687.
Baptiste (1) est mort,
Adieu la simphonie,
La Musique est finie, (2)
Deplorons son sort,
Pauvre Pecour, (3)
Avec ta jambe fine,
Retourne à la Cour, (4)
(1) On l’appelloit autrefois Baptiste tout simplement, et il etoit aussi connu sous ce nom que sous celui de Lully.
(2) Il est certain que Lully êtoit un de ces genies heureux que la nature ne produit que rarement, et qu’il ny avoit personne au monde capable de le remplacer, ainsi on pouvoit justement dire Adieu la Simphonie.
(3) Excellent Danseur de l’Opera de Paris.
(4) L’Auteur de cette chanson persuadé que la mort de Lully feroit tomber l’opera qu’il soutenoit par son rare genie, conseille a Pecour de retourner a la Cour, où etant jeune il avoit fait ses affaires etant beau et grand Bardache.
Toi du Mesnil [134]
Retourne a la Cuisine, (5)
Voila ton party.
(5) Chanteur de l’Opera de Paris qui avoit êté auparavant Cuisinier.
Chanson 1687 [135]
Sur l’Air de flon flon.
A …. Boucher d’Orsay femme de Henry de Mornay Marquis de Montchevreuil Gouvernante des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France, sur ce qu’on pretendoit avoir veu dans le Chateau de versailles Charles de Lorraine Comte de Marsan, qui montroit d’une fenestre vis à vis a celles de la Chambre des Filles d’honneur son v…. a ….. de Grammont appellée Mlle de Serneac l’une d’elles, dont il êtoit amoureux et dit on aimé.
J’ay veu (1) dessus les tuilles, (2)
Un petit singe nud,
Qui montroit à vos filles
Le revers de son cul; (3)
Flon, flon lariradondaine,
Flon flon lariradondon.
(1) C’est l’auteur qui parle a Mad.e de Montchevreuil.
(2) C’estoit un appartement fort haut.
(3) C’est le V…. et les C…ons.
Autre [136]
Sur le meme Air.
A Louise Françoise de Bourbon Princesse legitimée de France, femme de Louis Duc de Bourbon, Prince du sang, qu’on croyoit avoir fait la Chanson precedente.
Madame la Duchesse
Quand on fait des Chansons,
Autant en pend aux fesses, (1)
De celles qui les font,
Flon, flon lariradondaine,
Flon, flon lariradondon.
(1) C’est un v… et des C…ons dont est parlé dans la Chanson precedente.
Conte 1687 [137]
Sur Louis-François Hennequin Procureur general du grand Conseil, lequel ayant êté institué heritier par Testament de la femme d’un Avocat aux Conseils du Roy apellé Falentin, morte sans enfans, voulut s’aproprier cette succession au lieu de la laisser au mary son ancien amy, comme tout honneste homme auroit fait, jugeant bien que c’etoit l’intention de la Testatrice; mais Falentin avec qui sa femme avoit fait ce Testament de concert, avec [sic.] pris ses precautions contre l’infidelité que celuy cy avoit desja pris le deuil de sa femme comme heritier, il produisit un Testament de la deffunte posterieur a celui là, qui derogeant a ce 1er donnoit tout le bien a un autre homme qui entrant dans le dessein de la Testatrice sans en avoir êté averty, remit toute la succession a Falentin, cela fit grand bruit et pensa desesperer Mr Hennequin qui en fut deshonoré et vilipendé partout.
Une femme aimoit son mary, (1)
Telles femmes ne vivent gueres.
Celle cy, qui n’avoit enfans ni soeurs ni freres, (2)
Sur le point de mourir fait venir un Notaire.
Elle veut tout donner à son epoux chery;
(1) C’est la femme de Falentin Avocat aux conseils du Roy.
(2) Par consequent elle n’avoit point d’heritiers qui lui fussent proches.
Mais le moyen, la Loy, la Coutume est contraire, (3) [138]
On songe; il faut dit on quelque amy genereux,
Dont on fasse un Depositaire,
Sous le titre de Legataire, (4)
Moy, dit le mary, j’en ay deux,
L’un d’une sagesse exemplaire,
Et d’une rare pieté; (5)
L’autre moins devot, moins severe,
Mais fort homme de probité; (6)
Le choix fait ma difficulté;
Faites mieux dit quelqu’un pour plus de seureté
On n’en scauroit trop prendre en une telle affaire,
Faites deux Testamens en Fidei commis, (7)
Tous deux chargez du nom de l’une de vos amis,
L’un fait dans la forme ordinaire
L’autre fait pour le revoquer,
En cas qu’on vint a vous manquer,
(3) Par la Coutume de Paris, les femmes ne peuvent faire de dons a leurs maris, ni les maris à leurs femmes, a moins d’un Don mutuel ou d’un Fidei-Commis.
(4) C’est là ce qu’on apelle un Fidei commis on choisit un Etranger a qui on legue ce que l’on veut, ensuitte le donne au mary, ou a la femme qu’on veut avantager.
(5) C’est Louis Francois Hennequin Procureur general du Grand Conseil mentionné dans l’Argument; c’etoit un faux devot et grand fripon, comme le temoigne cette histoire.
(6) C’est Hierosme de Bragelogue Conseiller a la Cour des Aides de Paris homme de bien, en faveur de qui Madame Falentin fit son 2d Testament et qui remit a son mary ce qu’elle lui avoit legué.
(7) Lisez l’Argument.
Car que scait on, tout se peut faire,
Ainsi dit, ainsi fait; le mal rendu plus fort
Reduit en peu de tems la malade a la mort,
On scelle (8), les parens (9) ardens a l’heritage,
Desja par forme entr’eux en reglent le partage;
Mais l’un des Testamens bien en forme produit, (10)
De leur partage vain leur fait perdre le fruit;
On y voit declaré pour legataire unique
Un homme de vertu de sagesse autentique;
Un grave Magistrat (11) qui nouvel heritier,
Bientost d’habits de Deuil noircit tout le quartier. (12)
Le mary (13), cependant aprés quelques journées
A la ceremonie à sa douleur données
Va trouver son amy (14) pour tacher a peu prés
De scavoir quel usage il veut faire du legs. (15)
(8) La Justice met ordinairement son Sceau dans la Maison et sur les effets d’un mort.
(9) Les parents heritiers naturels de madame Falentin.
(10) Le 1er Testament fait en faveur de Mr Hennequin.
(11) Mr Hennequin faux devot.
(12) Ce Magistrat prit le Deuil et le fit prendre a ses gens comme heritier de Madame Falentin.
(13) Mr Falentin.
(14) Mr Hennequin
(15) Mr Falentin qui croyoit Mr Hennequin un homme de bien, surpris de ce qu’il etoit si longtemps sans lui donner ce que lui avoit legué sa femme et encore davantage de ce qu’il avoit pris le deuil en consideration d’un heritage, dont il devoit en honneur et en conscience se regarder que comme le depositaire alla trouver ce Magistrat et le pressentit pour scavoir quel usage il vouloit faire de cette succession.
Dés qu’il en touche un mot, le Magistrat en garde, [140]
Dieu, dit il par sa grace en pitié me regarde, (16)
J’etois chargé d’enfans en sa crainte elevez,
Et j’avois peu de bien, comme vous le scavez;
Mais vous voyez pour moi jusqu’où ses soins atteignent,
Et comme il est prodigue envers ceux qui le craignent,
Il a par sa bonté prevenu mes besoins,
Et cela du côté que j’esperois le moins;
C’est qu’il veille sur nous avec des yeux de pere,
Et qu’il veut qu’en effet en lui seul on espere;
Attachons-nous a luy, c’est l’unique moyen
D’etre riche, avc Dieu l’on ne manque de rien;
Le Sermon achevé, le mari (7) sans mot dire,
Mal content du precheur se leve et se retire,
Puis chez lui de retour, il songe a profiter
Des Leçons qu’on lui donne et qu’il vient d’ecouter
D’un second Testament (18) il voit alors l’usage,
Et combien le Conseil en fut prudent et sage,
Sous de fideles Clefs il l’avoit enfermé.
Il l’en tire et le donne a l’heritier nommé, (19)
Qui sans avoir besoin d’une plus ample glose,
(16) L’auteur assez plaisamment fiat icy tenir un discours pieux a Mr Hennequin et qui tend a garder la succession de Madame Falentin sans en faire part a son mary.
(17) Falentin.
(18) Le 2d Testament fait en faveur de Hierosme de Bragelogne.
(19) A Mr de Bragelogne.
Entend a demy mot et voit ou va la chose, (20) [141]
Et qui muny de ….. actif et diligent,
En charge a l’heure même un habile sergent, (21)
Dans l’antique reduit d’un cabinet tranquille
Dont souvent aux plaideurs l’accés est difficile, (22)
Le jetton a la main le Grave Magistrat, (23)
Des biens de la deffunte (24) examinoit l’etat,
Il a dessus sa table un ample et long memoire,
Qu’il lit avec plaisir et qu’il a peine a croire;
Tous les biens differends qu’il y voit contenus,
L’etonnent par le fonds, et par les Revenus; (25)
Il en fait plusieurs parts en pere de famille; (26)
Il en destine l’une a marier sa fille,
Il achete de l’autre une charge à son fils;
Et desja par avance il se debat du prix
De cent autres projets, il flattoit sa pensée,
(20) Mr de Bragelogne, homme d’honneur, connut par la lecture de ce Testament que l’intention de Madame Falentin êtoit que son mari fut son heritier.
(21) Mr de Bragelogne fit signiffier par un sergent ce second Testament a Mr Hennequin qui cassoit le 1er dont celui cy esperoit profiter.
(22) Le Cabinet de Mr Hennequin où il s’en fermoit souvent, et se laissoit peu voir sous pretexte de retraite et de devotion.
(23) Mr Hennequin homme fort grave.
(24)-(26) Pour donner plus de ridicule a Mr Hennequin, l’auteur de ce Conte feint que lorsqu’il receut la signiffication que Mr de Bragelogne, lui fit faire du 2d Testament, il etoit occupé dans son Cabinet a calculer le bien que Madame Falentin lui avoit legué par le 1er et a en disposer a son avantage et celui de sa famille.
Et calculoit la somme a ses besoins laissée, [142]
Lorsque par un papier sur la table aporté, (27)
Les projets, les Calculs, tout est deconcerté,
Il y voit au moyen d’un dernier Codicile, (28)
Tout autre Testament devenir inutile, (29)
Le mal est sans remede, il cede a sa douleur,
Et le deuil desormais n’est plus que dans le coeur.
(27) La signiffication du 2d Testament que lui fit faire Mr de Bragelogne.
(28) Le 2d testament a lui signiffié.
(29) Le 1er Testament fait a son profit, les derniers Testamens detruisent les anterieurs.
(30) Le deuil qu’il avoit pris de Madame Falentin se voyant son heritier, lisez l’Article 12 de ce Commentaire.
Ode 1687 [143]
A Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon.
Un jour sur les bords de la Seine, (1)
Contemplant son superbe cours,
Un son de Flute et de tambours (2)
Anima le feu de ma veine,
Tout retentissoit des exploits
De Louis (3), le plus grand des Rois,
Alors je crus voir la victoire,
Au milieu de mille guerriers,
Conduire au temple de la gloire
Ce heros couvert de Lauriers.
Dans cette agreable surprise,
Je prens la trompette a la main, (4)
Et je ne scay quoi plus qu’humain,
Rend d’un beau feu mon ame eprise
Une subite et vive ardeur
S’allume aussitôt dans mon coeur,
(1) Cette Ode a êté faite à Paris.
(2) C’est une fiction Poëtique.
(3) Le Roy Louis XIV.
(4) Les poëtes disent qu’ils prennent la Trompette lorsqu’ils vont loüer des heros et des heroïnes.
Et plein d’un Dieu qui possede,
Je m’abandonne à ses transports,
Je crains, je tremble, et je lui cede,
Et lui consacre mes efforts.
Ce fut lors que d’un ton sublime,
Je chantay les faits inouis
De nôtre invincible Louis. (5)
Des heros le plus magnanime,
Divine source de mes vers,
Grand Roy qui fais de l’univers
Et la terreur et les delices;
Permettez moy de changer de ton,
Et de chanter sous tes auspices
L’incomparable Maintenon.
Souffre donc que ta modestie,
Maintenon cede à mon ardeur,
Si j’ai sceu chanter ce vainqueur,
Ma Muse n’est point ralentie,
Je scaurai peindre ta vertu. (6)
(5) Ce Poëte avoit fait d’autres vers a la louange du Roy.
(6) La Marquise de Maintenon etoit alors fort devote.
Le vice à tes pieds abattu; (7) [145]
Si la louange t’importune, (8)
Celle de nôtre auguste Roy
Crain et cheri de la fortune,
Aura plus de charmes pour toy.
Que tu fais eclater de gloire
Parmi la pompe et la grandeur,
Refusant ces titres d’honneur, (9)
Qui donnent un rang dans l’histoire
L’estime du plus grand des Rois,
Qui daigne t’honnorer du choix
De sa confidence sacrée, (10)
C’est ce qui t’eleve aujourd’huy
Et rend ta vertu reverée
Des peuples qui vivent sous lui. (11)
(7) Elle employoit le credit qu’elle avoit aupres du Roy, et qu’elle avoit aussi rendu devot pour banir la galanterie du Royaume, et surtout de la Cour, en quoi elle avoit si bien reussi en ce dernier lieu qu’on s’y ennuyoit a la mort. Mais on etoit perdu dés le moment qu’on passoit pour galant, et que l’on etoit amoureux.
(8) Elle affectoit une grande modestie et ne vouloit pas être louée.
(9) Elle n’avoit voulu aucun titre quoique dans le rang qu’elle tenoit dans la confiance du Roy, elle eut pour ainsi dire êté la Maitresse d’avoir tel titre qu’il lui auroit plû.
(10) Elle avoit le secret du Roy.
(11) Les Francois.
Illustre et grande par toi meme,
Je ne vante point les Ayeux,
Dont le sang pur et Glorieux
A soutenu le Diademe, (12)
L’incomparable d’Aubigné (13)
Que Minerve avoit enseigné,
Et dont la redoutable Epée
Par mille et mille beaux exploits
Etoit dignement occupée.
Pour le service de nos Rois. (14)
Mais c’est toi que ma Muse chante
Ton heureux destin l’a ravit, (15)
Ton eclat charmant t’eblouit,
Et ta rare vertu l’enchante,
On ne vante de tous cotez
Que tes divines qualitez,
Dans la grandeur la modestie
(12)-(14) ….. d’Aubigné Chancelier de Navarre du tems que le Roy Henry IV en etoit Roy et l’un des auteurs de la Marquise de Maintenon, servit son Prince avec beaucoup de fidelité et de Capacité. Il etoit Huguenot et a ecrit l’histoire de son tems il etoit homme de guerre, il conserva l’Isle d’Oleron au Roy son maitre et prit a discretion le Chateau de Niou.
(15) Elle etoit la personne du Royaume qui avoit le plus de credit.
L’Agrément dans la pieté [147]
Et dans les honneurs de la vie
La douceur et l’honnesteté.
Sur ton front la sagesse éclate
Un beau feu paroist dans les yeux, (16)
Et tu fais briller en tous lieux,
Cet air qu’on respecte et qui flate,
Tes vertus ont touché Louis,
Tes sens n’en sont point éblouis,
Et dans ce rang d’honneur supresme,
Rien ne montre mieux ta grandeur,
Qu’en possedant la grandeur même
De scavoir posseder son Coeur.
Telle Eudoxe sans artifice
Parut aux yeux d’un Empereur, (17)
Quand d’un air charmant et vainqueur
Et digne d’une imperatrice
Elle secondoit ce heros.
(16) Elle avoit les yeux fort beaux.
(17) Eudoxe ou Athenais fille de Leonce Philosophe Athenien et que son pere avoit desherité, persuadé que le scavoir eminent de cette fille seroit seul capable de faire sa fortune. En effet l’Empereur Theodoze le jeune l’ayant veue par les soins de sa soeur Pulcherie qui l’aimoit fort en devint amoureux, et l’epousa l’an 421. Il est aisé de voir par cette comparaison ce que l’auteur pense de la faveur de la Marquise de Maintenon auprés du Roi.
Qui se consacroit au repos, [148]
Et de l’Empire et de la terre;
Et toi par tes soins, par tes voeux,
Et dans la paix, et dans la guerre,
Tu charmes un Monarque heureux. (18)
Soit que Louis dompte l’Ibere, (19)
Ou le Batave audacieux, (20)
Soit qu’au Germain ambitieux, (21)
Il fasse sentir sa colere,
Soit que le superbe Genois, (22)
Ou que l’Affriquain aux abois (13)
Viennent implorer sa clemence,
On te voit aux pieds des Autels
Pour l’heureux destin de la France,
Rendre graces aux immortels.
S’il veut elever a sa gloire
De magnifiques Bastimens
Et par de pompeux monumens,
(18) Le Roy Louis XIV.
(19) Les Espagnols.
(20) Les Flamands ou Hollandois.
(21) Les Allemands.
(22) Le Roy avoit fait bombarder Gennes en 1684.
(23) Le Roy fit aussi bombarder Alger en Affrique en 1683.
Immortaliser sa memoire; [149]
C’est alors que dans Maintenon, (24)
Tu vois eterniser son nom,
Par ces travaux que l’on admire, (25)
Et dans ce lieu si bien choisi
On voit eclater son Empire,
Ainsi que ton zele à Noisi. (26)
Ce lieu saint separé du monde,
Ouvrage de ta charité,
Monument de ta pieté,
Et de ta sagesse profonde, (27)
Sacré refuge, azile heureux,
Où retentissent mille voeux
De tant d’innocentes vestales, (28)
Qui dans leurs Cantiques divins
Avex zele et sans intervale
Invoquent le Dieu des humains
(24)-(25) Le Roy ayant entrepris de faire venir la Riviere d’Eure a Versailles l’avoit detournée de Pontgoing village appartenant a l’Evesque de Chartres 3 lieues au dessus de cette ville et l’ayant conduite au travers des terres jusqu’a Maintenon où il faisoit alors construire un Aqueduc prodigieux en elevation pour faire traverser cette riviere a une profonde valée dans laquelle est ce Chateau appartenant a Madame de Maintenon ce dont elle portoit le nom.
(26) Elle avoit etably a Noisi prés Versailles un seminaire de jeunes Demoiselles qu’elle elevoit et pour lesquelles on commençoit a bâtir une superbe Maison au village de St Cyr.
(27) C’est ce seminaire de Demoiselles.
(28) Les Demoiselles que Madame de Maintenon elevoit a Noisy.
Ton ardeur est encore extreme [150]
A seconder les soins pieux
Du Monarque victorieux, (29)
Qui nous cherit et qui nous aime;
Aprés un si penible effort
Pour former un si bel accord
Je couronnerai l’entreprise, (30)
Et c’est par son heureux destin
Que nous verrons fleurir l’Eglise
Comme au regne de Constantin.
Partout l’audace est etonnée
Le Vatican imperieux, (31)
Voit de son trosne glorieux,
Sa haute puissance bornée, (32)
La France ne reconnoit plus,
Les pretendus droits absolus
Que vouloit usurper le Tibre, (33)
(29) Le Roy Louis XIV.
(30) L’Auteur de cette Ode est un nouveau Converty a la Religion Catholique qui parle des Conversions de ses freres et de la sienne.
(31) Le Pape ou la Cour de Rome.
(32)-(33) L’Auteur veut parler en cet endroit de l’oposition que forma le Roy contre les Entreprises de la Cour de Rome et de ce qui se passa dans l’Assemblée generale du Clergé de France.. extraordinairement convoqué pour ce sujet l’an 1682. Lisez sur cela des pieces de cette année qui sont dans ce Recueil. Le Tibre est la Riviere qui passe à rome, et par le Tibre l’auteur entend aussi la Cour Romaine.
Et malgré ses superbes Loix, [151]
La Seine aujourd’huy coule libre
Sous le plus sage de nos Rois.
Ah! si Rome dans son enceinte
Ne cherche que la pureté,
N’embrasse que la verité, (34)
Qui doit la rendre toujours sainte
Elle verra ses droits sacrez
Et deffendus et reverez,
Par le plus justes [sic.] des Monarques
Louis son plus ferme soutien,
En qui brillent toutes les marques,
Et de grand et de très Chrestien. (35)
Nous vivons sous le regne Auguste
D’un infatigable heros,
Qui sçait demesler du Cahos
Le juste d’avec l’injuste,
Tremblez peuples et nations,
Dont l’erreur et les factions
(34) L’Auteur est dans les interrests de la France qui croyoit que les pretentions de Rome n’etoient pas justes.
(35) Le Roy de France porte le Titre de Roy tres Chrestien.
Troublent le repos de la terre, (36) [152]
Redoutez Louis en courroux,
S’il fait eclater son tonnerre,
Quel azile au monde pour vous.
Mais parmy les nuages sombres (37)
Je revoy la belle saison
Et desja de notre horison,
Le soleil ecarte les ombres;
Maintenon ton heureux secours,
Nous fait avancer les beaux jours,
Le calme regne sur nos testes,
Et sans toy les Dieux irritez
N’auroient pas chassé les tempetes
Qui se formoient de tous côtez.
Au plus haut faîte que la France
Ait jamais veu monter les lys (38)
En repos et parmi les ris.
(36) L’Empire, les Espagnols, et les Hollandois qui ayant fait malgré eux treve avec la France cherchoient l’occasion de la rompre a leur avantage.
(37) L’auteur veut parler de la guerre toujours preste a revenir entre la France et les nations mentionnées dans l’Article precedent et arrestée jusqu’alors par la crainte qu’elles avoient de la puissance du Roy.
(38) Jamais la France n’a eté plus puissante qu’elle etoit alors.
Nous voyons naître l’abondance, (39) [153]
La paix donnée a l’univers (40)
Les Chrestiens affranchis des fers, (41)
La reunion de l’Eglise, (42)
C’est la loüange du grand Roy, (43)
Qui dans la plus haute entreprise
Ne voit au dessus de soy.
Ton esprit et vaste et solide,
Semble entrer dans ses grands projets,
Et les plus sublimes objets
N’ont jamais rien qui l’intimide,
La prudence et la fermeté,
La justesse et la netteté,
Font briller ton heureux genie,
Et c’est dans un si juste choix
(39) L’abondance etoit alors grande en France.
(40) La paix de Nimegue en 1679.
(41) Quand le Roy fit bombarder la ville d’Alger en 1683 les Algeriens pour avoir la paix rendirent 600 Esclaves Francois qu’ils avoient.
(42) L’extinction du Culte de la Religion Pretendue Reformée ce qui faisoit que la Catholique avoit seule l’exercice libre dans tout le Royaume, et la conversion d’un grand nombre de huguenots.
(43) Le Roy Louis XIV.
Qu’on voit la sagesse infinie [154]
Du plus magnanime des Rois.
Dans cette grandeur fortunée,
Parmi les charmes de la paix (44)
Puissent tous les voeux satisfaits
Remplir ta belle destinée.
Puisse tu de tes heureux jours
Prés de Louis passer le cours,
Plus contente que mille Reines (45)
Qui malgré le supreme honneur
Cesseroient d’etre souveraines
Pour jouir d’un si grand bonheur.
Que si ma Muse temeraire
Oze icy t’exprimer ses voeux,
Maintenon, je suis trop heureux
Si son audace te peut plaire,
Tu verras mes justes transports,
Par les plus sublimes accords;
Vanter mon bonheur et ta gloire
Et par des accens inouis
Chanter au temple de Memoire
Les faits eclatants de Louis.
(44) La paix ou la Treve.
(45) Si Madame de Maintenon ne jouissoit pas du rang de Reine on pouvoit dire qu’elle avoit toute la consideration et toute l’autorité.
Chanson 1687 [155]
Sur l’Air du Rigaudon de l’Opera d’Acis et Galatée.
Sur ce que le Roy Louis 14 êtant devenu dévot fit enfermer quantité de Filles de joie.
L’amour pleurant,
Dit je me desespere,
Lors demanda sa mere,
Qu’as tu mon enfant?
Maman Venus, (1)
Scavez vous des nouvelles,
Nous sommes perdus,
C’est pour raison
Toutes nos Demoiselles
Sont dans les prisons.
(1) La Deesse Venus etoit adorée par les Payens comme la mere des Amours et la Deesse de la volupté.
Chanson 1687 [157]
Sur …. Bontemps femme de …… Lambert President de la Chambre des Comptes de Paris.
Nota: Qu’elle etoit fort jolie et fort coquette et fut separée d’avec son mary pour avoir fait un enfant qu’il ne vouloit pas reconnoitre etre de lui; mais il se raccommoda depuis avec elle.
Thorigny de tous vos attraits
On ne peut se deffendre,
Mon coeur ne balança jamais
Les voyant, de se rendre;
Je souffre un tourment sans égal,
Et ce qui fait ma peine
C’est d’avoir un puissant rival
Du beau sang de Lorraine. (1)
(1) Henry de Lorraine Prince d’Elbeuf Gouverneur de Picardie et Artois en survivance de Charles de Lorraine Duc d’Elbeuf, Pair de France son pere.
Chanson 1687 [159]
Sur l’Air: Laissés paître vos bêtes
Sur …. Nompar de Caumont de la Force fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.
Les charmes de la Force,
Sont un peu trop a redouter,
C’est en vain qu’on s’efforce
D’y vouloir resister;
Ses yeux sont faits pour enflamer,
Sa bouche est faite pour charmer,
Et son coeur est fait pour aimer,
Etant seure de plaire,
Avec un air tendre et touchant
Qu’auroit on mieux a faire
Qu’a suivre son penchant?
Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.
Chanson 1687 [161]
Sur … de l’Isle femme d’Antoine d’Aquin, Conseiller au Parlement de Paris, et Secretaire du Cabinet du Roy.
La belle fille de d’Aquin, (1)
Aussi geante qu’il est nain, (2)
Nous a dit que depuis sa couche
Elle a crû de quatre grands doigts, (3)
Si c’est d’ailleurs que de la bouche,
C’est trop pour la premiere fois. (4)
(1) Pierre d’Aquin 1er Medecin du roy etoit pere d’Antoine d’Aquin Sr de Chateaurenard Conseiller au Parlement de Paris et par consequent N….. de l’Isle etoit sa belle fille.
(2) Elle etoit fort grande , et lui fort petit.
(3) Elle etoit jeune et disoit innocemment qu’elle avoit crû de 3 doigts pendant qu’elle etoit en couche et depuis.
(4) Parce que si a chaque couche elle croissoit de 3 doigts, d’ailleurs que de la bouche, c’est a dire du C… elle l’eut eu a la seconde de prés d’un demy pied de long, et c’eut eté beaucoup.
Chanson [162]
Sur l’Air: Vous m’entendez bien.
Sur la Couronne de Comte des d’Aquin.
Ce Comte est de bonne Maison,
Mais de nouvelle edition,
Ses Chevaux sont des Mules
Hé bien,
Ses Armes des Pilules,
Vous m’entendez bien.
Chanson 1687 [163]
A Marie Marguerite de Cossé (1), femme de François de Neuville Duc de Villeroy, Pair de France, Gouverneur de la ville de Lion, pais Lionnois, Forest de Beaujolais.
Vous descendez de Romulus,
Duchesse, en droite ligne,
Plus je vous examine, et plus
Je vous en trouve digne,
(1) L’Auteur plaisante icy sur la Chimere de la Maison de Cosse, inventée par Francois de Cossé Duc de Brissac, Pair de France, grand pere de la Duchesse de Villeroy, il pretendit d’abord venir de la Maison de Cossa au Royaume de Naples; mais poussant sa chimere plus loing; il pretendit descendre de l’Empereur Cosseus Nerva qui vivoit l’an 99 et tout cela sur la seule ressemblance du nom. Et pour faire voir jusques ou alloit son extravagance sur ce point on raportera icy tout au long l’Epitaphe qu’il a fait mettre en marbre sur le tombeau de son Bisayeul René de Cossé Comte de Brissac Grand Pannetier de France, et Gouverneur des Enfans du Roy Francois 1er dans l’Eglise parroissiale de Brissac en Anjou. La voicy.
Si jamais monument fit renaître un grand homme,
Si l’on renaît encore aprés le monument.
Tu le dois grand Cossé, tu le dois, justement.
Toi René, Prince né des Illustres de Rome,
Vrai sang des Troyens, des Sabins, des Romains,
Qui tire des Ayeuls de Remus, de Romullus,
De l’Empreur Nerva des Cezars du grand Jule
Papes, Rois, Cardinaux, et autres souverains, [164]
Grand René de Cossé de France qui t’admire,
Et soupire tes jours, t’a veu de quatre Rois
Grand Ministre d’Etat, et le grand Roy François
Te commit ses enfans, pour pleiger son empire,
Dieu te fit naître au Ciel, quand tu fus exaucé,
Et tu renais icy par Francois de Cossé.
*
A vôtre air, a vôtre bonté
A vos façons de faire (2)
Je connois la divinité
Du Dieu vôtre grand pere. (3)
* C’est de toutes les Chimere raportées dans cette Epitaphe que se moque l’auteur de la Chanson, d’autant plus que les Enfans de François Cossé et la Duchesse de Villeroy toute la 1ere et avec beaucoup d’esprit n’en etoit pas exempte, quelque ridicule qu’il soit de pretendre venir des Empreurs Romains, des Caezars et meme de Remus et Romulus, ils aimoient mieux le croire que de s’en tenir a la veritable origine de leur Maison, qui est la terre de Cossé dans le Maine leur fief quoique cette origine fut bonne et marquast une bonne noblesse.
(2) La Duchesse de Villeroi avoit les manieres nobles et beaucoup d’esprit avec beaucoup de politesse.
(3) Romulus que les anciens Romains croyoient aprés sa mort avoir êté mis au rang des Dieux, et qu’ils adoroient sous le nom de Quirinus.
Parodie 1687 [165]
Des 3 1ers Couplets de la 2de Scene du Ve Avte de l’Opera d’Armide qui commencent par ces mots; Les plaisirs ont choisi pour azile.
Sur …. De Roucy femme de ….. C.le de Lamet.
Amans gueux n’allez plus chez Lamette, (1)
C’est le bien qui plait a la Coquette,
Il faut être opulent
Pour être son Amant. (2)
L’Equipage a pour elle des charmes. (3)
En Carosse, un magot est tout plein d’agremens,
Sa rigueur ne fait verser de larmes,
Qu’a ceux qui sont brouillés avec l’argent comptant.
Financiers (4), tout vous est favorable,
Profitez d’un bonheur peu durable,
(1) Il faut dire Lamet, et non pas Lamette.
(2) Elle accordoit alors des faveurs pour de l’argent, et en subsistoit, ce qui n’etoit pas autrefois.
(3) Elle ne vouloit plus chez elle que des gens en bon equipage et qui lui parussent opulens.
(4) Ce cy regarde un Financier appellé ….la Ravoye, Receveur des Finances de la Generalité de Poitiers, qui lui donnoit beaucoup d’argent pour coucher avec elle.
Du brillant de vôtre or, les yeux sont eblouis, [166]
Il est peu de vertus, qui ne cedent aux Louis.
Chanson 1687 [167]
Sur plusieurs personnes de la Cour et de la ville (Voiez ci-après pag. 235)
A la Cour, quel malheur,
Oh! Dieux quelle infortune,
De six filles d’honneur, (1)
Il n’en reste pas une, (2)
Zon, zon, zon,
Lisette ma lisette,
Zon, zon, zon,
Lisette, ma Lison.
En sortant du Moustier,
La jeune mariée (3)
Va chez le Peletier, (4)
Pour etre mieux fourée
Zon, zon etc.
(1)-(2) C’est que le Roy venoit de casser la Chambre des 6 Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.
(3) ……
(4)…….
Filles de l’Opera, [168]
Aprenez a vous taire, (6)
Où bien l’on vous dira,
Allez vous faire faire;
Zon, zon, etc.
Peut on voir Potenot, (7)
Sans l’aimer a la rage;
Mais un homme devot, (8)
Nous bouche le passage,
Zon, zon, etc.
(5) C’est a dire être mieux baisée, c’est une allusion au mot de Peletier.
(6) C’est que les Chanteuses et Danseuses de l’Opera parloient publiquement des amans de qualité qu’elles avoient, ce qui nuisoit a ceux cy auprés du Roy qui etoit devot.
(7) Danseuse de l’Opera de Paris assez jolie, et grande baiseuse.
Chanson 1687 [169]
Sur l’Air des Gridelins.
Sur ….de……femme de….Sr des Houlieres
Nous voyons des Houlieres,
Reprendre sa santé, (1)
Et ses graces premieres,
Et son tein si vanté, (2)
Aussi je dis,
Que de toutes manieres,
Elle passe en beauté
Grifelidis. (3)
Sa teste est toujours pleine,
D’ouvrages tout divers, (4)
Et le bruit de sa veine
Remplit tout l’univers,
Aussi je dis.
(1) Elle avoit êté malade.
(2) Elle avoit le tein fort beau, quoiqu’elle fût sur le retour.
(3) C’est le refrain de cette chanson.
(4) Les Ouvrages de cette Dame sont imprimez à Paris avec privilege.
Qu’on l’a nommoit sans peine [170]
En prose, comme en vers,
Griselidis.
Des couleurs que l’Aurore,
Repand sur l’horison,
Son teint blanc se colore,
Marque de guerison.
Aussi je dis,
Qu’elle est encore plus belle
Qu’en sa jeune saison,
Griselidis.
Lorsque dans la souffrance,
Elle passoit ses jours,
Tout êtoit en silence,
Jeux, ris, graces, amours,
Aussi je dis,
Que par sa patience (5)
Elle égala toujours,
Griselidis.
(5) Ce Proverbe de la patience de Griselidis, vient d’un Conte appellé aussi Griselidis, où une Princesse imaginaire de ce nom, fut mise a de grandes épreuves qu’elle surmonta par sa patience. Ce Comte [sic.] seroit trop long icy, et a êté imprimé en prose et en vers.
Traduction 1687 [171]
Des vers latins, que Catherine Rougé a destinés pour mettre en marbe noir au Tombeau de François Sire de Crequi Marêchal de France son mary, dans leur Chapelle aux Jacobins de la ruë Saint-Honoré.
Nota: Que ce Marechal mourut le 4 Fevrier 1687 et que bien que ses vers cy ayent êté faits du depuis, on les met à la date de cette mort pour la marquer.
Passant respecte icy (1) le depôt précieux
Des Cendres s’un heros, dont l’eclatante histoirem
Efface les vertus, les Triomphes, la gloire,
De la superbe Rome, et de ses demy dieux; (2)
Toujours grand dans la paix (3) toujours grand dans la guerre, (4)
On lui voyoit lancer d’une main le Tonnerre;
Et de l’autre cueillir des Fleurs,
Au jardin des scavantes soeurs (5)
Sa chaste Epouse desolée;
(1) Sur son Tombeau.
(2) Le Marechal de Crequy êtoit homme de guerre et fort bon general mais la comparaison est un peu forte.
(3) Autre hiperbole. A la verité il avoit bien de l’esprit.
(4) Il êtoit plus grand dans la guerre, que dans la paix.
(5) C’est a dire sur le Parnasse. Il est vray que ce Marechal etoit scavant.
(6) Catherine de Rougé.
Inondant de ses pleurs ce triste Mausolée, [172]
Demande au Ciel vingt fois le jour,
Ou qu’il ait la bonté de le faire revivre,
Et de couronner son amour,
Ou qu’elle ait au plustost le plaisir de le suivre.
Chanson 1687 [173]
Sur la Mareschalle de la Ferté.
Fameuse (1) amante de Pecour,
Souffrez que vôtre Fille
Fasse un sacrifice a l’amour,
Dieu de nôtre famille,
Ce qu’elle voit soir et matin
Ne la rend point de glace,
Soeur, Fille, et Niece de putain,
Bon Chien chasse de race.
(1) La Marêchale de la Ferté.
(2) Danseur de l’Opera.
Chanson 1687 [175]
Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant.
Sur la guerre qui êtoit alors allumée depuis l’an 168… entre l’Empereur Leopold-Ignace, et Mahomet IV Empereur des Turcs.
Ches les Ottomans l’Empereur (1)
Danse mieux que le grand Seigneur; (2)
Mais s’il revient (3) adieu son honneur
Charlesquint (4) eut envie
De faire en France le Danseur, (5)
On en scait la sortie. (6)
(1) Leopold-Ignace Empereur.
(2) L’auteur veut dire que l’Empereeur fait la guerre contre les Turcs avec plus de succés que l’Empereur des Ottomans, vulgairement apellé le Grand Seigneur.
(3) C’est a dire les Turcs lui reprenant ses conquestes le forcent a revenir sur lui et dans son pais.
(4) Charles V Empereur et Roy d’Espagne aprés avoir abdiqué ses Estats l’an 1558.
(5) – (6) Cet Empereur ayant declaré la guerre a la France l’an 1536 entra avec une puissante armée en Provence, et aprés avoir vainement tenté le siege de Marseille, et avoir êté arresté par une simple troupe de paisans dans le Chateau de Muy vers Frejus, il fut obligé de s’en retourner au delà des Alpes avec perte de plus de 30 mille hommes.
Chanson 1687 [177]
Sur l’Air: il a batu son petit Frere.
Quand on voit a la Comedie
D’Alluy par d’Antragues suivie,
Tout le monde au bordel se croit,
Ô la puissante (plaisante) maquerelle
Que d’argent elle gagneroit
Si la putain etoit plus belle.
Parodie 1687 [179]
De la Scene….du….Acte de l’Opera d’Achille apellée vulgairement la plainte de priam, où l’autur, au lieu des personnages de cette Scene introduit l’ombre de Lully Surintendant de la Musique du Roy, Capistron Poëte, Colasse Compositeur de la Musique des Opera, aprés la mort de Lully, et le public.
Lully
Rebuts infortunés du goût du plus beau monde
Colasse mon Copiste (1), et vous rampant auteur
Capistron (2), l’Opera reste sans auditeur
Contre vos vers, vos airs, le moins critique fronde.
(1) Colasse copioit les Airs que Lully composoit; battoit la mesure a l’Opera, et aprés la mort de Lully, il faisoit les airs lui même.
(2) Capistron Toulousain, Poëte attaché à Philippes de Vendôme Grand Prieur de France, avoit alors composé les Tragedies de Virginie, Armenius, Andronie, et Alcibiade. Lully de son vivant le choisit pour composer les vers des Opera, aprés que Philippes Quinaut de l’Accademie Francoise Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris, eut refusé d’en faire d’avantage. Capistron fit d’abord celui d’Acis et Galatée que Lully mit en chant, aprés sa mort il fit celuy d’Achille, dont il est parlé icy, et qui ne reuissit pas.
Colasse et Capistron [180]
Puissions nous attendrir les coeurs
De ces trop justes Censeurs.
Lully
Vous voyez public equitable,
Lully ce fier tyran du Theatre François,
C’est ce même Lully qui tenoit sous ses loix,
Des fantasques auteurs l’Empire peu traitable
C’est lui qui du tombeau (3) pousse une triste voix
Pour vous rendre aussi favorable,
A ses Opera (4), qu’autrefois.
Le Public
La mort n’efface point le divin caractere
Dont ton sçavoir fut revestu (5)
L’on te regrette fort; mais Colasse abattu (6)
Ne peut esperer de me plaire,
(3) Jean Baptiste Lully, Conseiller Secretaire du Roy, Maison et Couronne de France et de ses Finances, Surintendant de la Musique du Roy Louis 14 fut le plus grand Musicien de son siecle. Il etoit natif de Florence, le Roy entr’autres graces qu’il lui fit, lui donna le privilege de faire seul des Opera dans le Royaume, et de faire chanter de grands concerts sur les Theatres. C’est pour cela que l’auteur l’apelle tiran du Theatre Francois.
(4) Le public adoroit pour ainsi dire, les opera de Lully.
(5) C’etoit un homme presque Divin dans ses chants.
(6) Colasse acheva l’Opera d’Achille dont Lully avant sa mort avoit fait le 1er Acte, et la moitié du 2d et ce 1er coup d’Essai fit voir son peu de genie pour de pareils ouvrages.
Si Corneille (7) a ses vers ne donne l’agréement [181]
Que Quinaut scrupuleux (8) me refuse a present.
Capistron
L’on m’oste l’Opera (9) par un destin funeste,
Public vous me l’avez ravy, (10)
Ma rage en mon pais (11) m’auroit desja suivy.
Sans le sang que je dois a l’espoir qui me reste, (12)
Vous le scavez, vous que j’atteste;
Francine* a cet espoir mon sort est asservy,
Il est tombé l’Achille (13) que j’adore,
Et pour comble d’horreur, je scai qu’il est encore
Cruellement privé par des vers immortels, (14)
De l’oubly que le temps donne aux plus criminels;
*Gendre de Lully qui eut le privilege des Opera aprés son beaupere.
(7) Thomas de Corneille de l’Academie Françoise, il avoit autrefois fait les vers de l’Opera de Bellerephon, et quoique cet ouvrage fut fort froid, le public croyoit alors qu’il etoit le plus capable de faire des opera.
(8) Quinault abandonna les Opera sous pretexte de devotion. Il avoit toujours eté Poëte dés le temps qu’il fut l’un des valets de Chambre du Roy Louis XIV. Il avoit fait plusieurs ouvrages de Theatre; mais si mauvais qu’il fut regardé comme un auteur detestable jusqu’a ce qu’il eut fait des Opera: a la verité il excella dans ce genre et fit ceux de Cadmus, Alceste, Thesée, Athis, Isis, Proserpine, Amadis, Roland et Armide.
(9) L’Opera d’Achile parut si mauvais que des lors on songea de l’oster a Capistron et de le donner a Fontenelle.
(10) L’improbation du public qui cessa d’y aller; en fut la cause.
(11) Capistron etoit de Toulouze.
(12) Il trouvoit son Opera fort bon, et esperoit toujours d’en faire.
(13) L’Opera d’Achille.
(14) On fit quantité de vers en cette occasion contre Capistron, et son Opera d’Achille.
Helas! Faut-il me rendre aux murs qui m’ont veu naitre, (15) [182]
Et qu’un honteux retour fasse a jamais connoitre;
Le bon goût des scavans du peuple et de la Cour;
Ce retour servira contre la vaine gloire,
Dont nos Provinciaux sont enflés chaque jour,
Quand ils auront apris ma trop funeste histoire.
(15) Toulouze.
Chanson 1688 [183]
Sur quelques mauvais Auteurs qui infectoient le Theatre François.
Faites nous justice Apollon,
Des Auteurs de moyenne classe;
Delivrez nous de Capistron; (1)
Faites nous justice Apollon,
Imposés silence à Baron, (2)
Et faites reposer Colasse, (3)
Faites nous justice Apollon
Des Auteurs de moyenne classe.
(1) Poëte tragique auteur des Tragedies de Virginie, Arminius, Andronis etc et qui nouvellement venoit de faire les vers et construire le sujet de l’Opera d’Achilles.
(2) Baron, Comedien venoit de faire les Comedies du Coquet trompé, des Enlevemens de l’homme a bonne fortune et de la Coquette.
(3) Colasse Maître de la Musique de la Chapelle du Roy et qui depuis la mort de Jean Baptiste Lully composoit la Musique des Opera.
Nota, Que ces 3 hommes etoient tres mediocres chacun en leur genre, pour ne pas dire mauvais.
Chanson 1688 [185]
Sur l’Air de la Rochelle.
Sur Philbert Comte de Grammont.
Je vas vous faire trait pour trait,
D’un vieux Gascon (1), le vray portrait,
Vous le reconnoissez sans peine,
Il est bossu (2), jaloux (3), puant, (4)
Tres meprisé de la Fontaine, (5)
Le connoissez vous maintenant.
(1) Le Comte de Grammont êtoit de Bearn, on comprend aisement les gens de ce pais parmy les Gascons.
(2) Il n’etoit pas tout a fait bossu, mais il avoit les Epaules fort grosses.
(3) Il avoit êté fort jaloux d’Isabelle Hamilton sa femme qui avoit êté fort coquette, et ne l’en avoit pas moins fait cocu, mais alors elle etoit vieille.
(4) Il sentoit fort mauvais de la bouche.
(5) C’etoit une excellente danseuse de l’Opera dont il etoit amoureux, et qui se moquoit de lui dautant plus qu’il etoit vieux et gueux.
Chanson 1688 [187]
Sur l’Air des Ennuyeux.
Sur Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay Secretaire d’Etat, Tresorier des Ordres du Roy.
Seignelay l’heureux de nos jours, (1)
Sans la devotion de sa race, (2)
Sans Maintenon (3), sans son secours, (4)
N’auroit pû conserver sa place, (5)
(1) Il etoit jeune puisamment riche, magnifique en tout bien auprés du Roy, aimant et goutant tous les plaisirs.
(2) Jeanne-Marie-Thereze Colbert Duchesse de Chevreuse,, Henriette Colbert Duchesse de Beauvillier, et Marie Anne Colbert Duchesse de Mortemart, soeurs du Marquis de Seignelay etoient toutes trois devotes.
(3) – (5) Il est certain que l’an 1683, aprés la mort de jean Baptiste Colbert pere du Marquis de Seignelay, celui-ci fort jeune et fort etourdy, eût perdu sa charge de Secretaire d’Etat quoiqu’il en eût eu la survivance, si Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon ne l’eut soutenu auprés du Roy contre Michel le Tellier Chancelier de France et le Marquis de Louvois son fils qui le vouloient accabler, tant a cause de la haine inveterée qui etoit ces deux Familles, que par la crainte d’avoir un competiteur dans le Ministere en la personne du Marquis de Seignelay, ce qui arriva. Car il ny a jamais eu de haine plus parfaite que celle de celui cy, et de Mr de Louvois. Celui-cy êtoit plus rompu aux affaires, mais l’autre avec autant d’Esprit, avoit Madame de Maintenon de son costé.
Ses enfans (6) aussi sots que lui [188]
N’auront jamais le meme appuy.
(6) Les enfans que le Marquis de Seignelay avoit de Goyon de Matignon sa seconde femme qui paroissoient avoir peu d’esprit et qui etoient fort petits puisque ce mariage s’etoit fait le 6 Septembre 1679. Il n’en avoit point a la mort de son pere, le 1er naquit 3 ou 4 mois aprés.
Chanson 1688 [189]
Sur l’Air: Il fait ce qu’il defend.
Seignelay un peu bride en main
Vous poussez trop loin l’insolence;
Vous agissez en souverain,
Vous en usurpez la puissance,
Vous faites Marquis vos valets,
Et leur en donnez des Brevets.
C’etoit assez en bonne foy
D’avoir de sous Commis des vivres,
Fait Bonrepos Lecteur du Roy;
Mais faites rayer de vos livres
Le titre de Marquis d’Husson
Qu’on a mis dans sa pension.
Chanson 1688 [191]
Sur l’Air du Rigaudon de Madame la Dauphine.
A Louis Dauphin de France lorsqu’il faisoit le Siege de Philisbourg en 1688 dont il a êté parlé plus haut.
Retourne en Cour
Et quitte la Cuirasse;
Retourne en Cour,
Laisse là Philisbourg.
Il est plus doux
De courir a la Chasse
Que d’aller aux coups,
Crains les jaloux.
On ne prend pas les places
Comme on fait les Loups.
Chanson 1688 [193]
Sur l’Air: lerelanlerelanlere.
Sur la Prise de Philisbourg, par Louis Dauphin de France le 29 Octobre 1688.
Le Dauphin n’a pas dementy
Le bon sang dont il est sorty,
Il est digne fils de son pere, (1)
Lerela, lerelanlere,
Lere la, lerelanla.
Son exercice le plus doux,
Sembloit n’etre que pour les loups (2)
Noble essay de ce qu’il sçait faire
Lerela etc.
Philisbourg ouvre le chemin,
A son heroique dessein;
Cologne (3) crie qu’elle espere.
Lerela, etc.
(1) Louis XIV Roy de France qui avoit fait en personne beaucoup de Conquestes.
(2) Monseigneur le Dauphin aimoit fort la Chasse du Loup et y alloit souvent.
(3) La ville de Cologne, ou pour mieux dire le Chapitre de l’Eglise Metropolitaine, qui espere a ceque dit l’auteur de cette Chanson, que Guillaume Cardinal de Farstemberg sera leur Archevesque au lieu du Prince Clement de Baviere; lizez pour l’intelligence de cecy une Chanson cy dessus qui commence par ces mots, Le St pere du Jansenisme, avec son Commentaire, le tout de cette année 1688.
Il éfface ce que jadis [194]
Contoit la Fable d’Amadis,
Cezr n’auroit pas mieux sceu faire.
Lere la etc.
Va, cours, et ne t’arreste pas, (4)
Nous brûlons de suivre tes pas,
Dans une si belle Carriere,
Lere la etc.
De soif de la gloire alteré,
Bois du Saint pere la santé,
Car l’eau du Tybre desalteré (5)
Lere la etc.
(4) Le reste de cette Chanson s’adresse à Monseigneur.
(5) L’auteur conseille icy a Monseigneur de pousser ses conquestes jusques à Rome, a cause des desmeslez qui duroient encore entre le Roy Louis XIV et le Pape Innocent XI. Lisez sur cela la Chanson mentionnée dans l’Article 3 de ce Commentaire et plusieurs pieces de l’an 1682 qui sont dans ce Recueil, au sujet de ces demeslez. Le Tybre est la Riviere qui pass a Rome.
Prince charmant a ton retour, [195]
Ne feras tu rien pour l’amour,
N’as-tu point de jeune bergere; (6)
Lere la etc.
Goûte ce plaisir si vanté,
De vaincre une fiere beauté
Il faut bien que tu puisse faire;
Lere la etc.
Dis à ceux qui t’en parleront, (7)
Ce qu’on a fait, nous le ferons, (8)
Mirthe et laurier est mon affaire. (9)
Lerela, lerelanlere,
Lerela, lerelan la.
(6) C’est a dire de Maitresse; mais Monseigneur lui pouvoit repondre que non; car ce Prince n’etoit point galant quoiqu’il n’eut que 27 ans, et qu’il y eut a la Cour de belles femmes qui ne demandoient pas mieux que de lui plaire, il ne laissoit pas d’avoir des faveurs de quelques unes; mais c’estoient elles qui l’attaquoient, et il n’avoit aucun attachement pour elles.
(7) L’auteur designe icy le Roy qui etoit devot et le seul a portée de faire des corrections a Monseigneur.
(8) Le Roy, comme tout le monde scait avoit êté fort galant.
(9) Le Mirthe est le simbole de l’amour, et le Laurier l’est de la victoire; et à l’age où etoit Monseigneur, il êtoit en êtat de vaincre et d’aimer.
Chanson 1688 [197]
Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant
Sur la Prise de Philisbourg par Louis Dauphin de France le 29 Octobre 1688.
Prés la Philis du Palatin, (1)
Les guerriers perdoient leur latin; (2)
Mais quand nôtre invincible Dauphin (3)
La somme de se rendre,
Elle mit de l’eau dans son vin
Et ne pût s’en deffendre. (4)
Oubliant toutes nos faveurs (5)
(1) C’est Philisbourg; on ne peut dire pourquoi l’auteur de cette Chanson l’apelle la Philis du Palatin. Car elle etoit naturellement dependante de l’Evesché de Spire, et ell etoit alors gardée par les troupes de l’Empereur.
(2) C’est une fort bonne place.
(3) Louis Dauphin de France qui l’assiegea.
(4) Elle se rendit aprés 19 jours de trenchée ouverte le 29 Octobre 1688.
(5) Elle avoit êté a la France depuis l’an 1634 que Gustave Adolphe Roy de Suede l’ayant prise sur les Imperiaux l’a remit au Roy Louis XIII jusques 1635 qu’ils la reprirent au mois de Janvier, et Louis de Bourbon Prince de Condé alors Duc d’Anghien l’ayant reprise en 1644 elle demeura a la France jusqu’en 1676 que les Imperiaux la reprirent sous Charles IV. Duc de Lorraine leur Generalissime aprés 6 mois de siege.
Elle eut d’abord quelques rigueurs, (6) [198]
Echapant des mains des ravisseurs; (7)
Cette bonne Allemande,
Nous amena dix de ses soeurs, (8)
Pour en payer l’amande.
Se voyant reduite aux abois,
Elle se soumit à nos loix, (9)
Cependant au cas qu’une autrefois,
Encor mal avisée;
Elle abandonnast les François
Elle sera razée. (10)
(6) C’est qu’elle se deffendit contre Monseigneur.
(7) Des Imperiaux qui l’avoient reprise en 1676.
(8) Après la prise de Philisbourg, Monseigneur prit Manheim en 3 jours, puis Spire, Worms, Oppanheim, et Frankendal. Il fit saisir Treves et avant tout cela on avoit pris Abron, Heidelberg, Mayence, Ebernbourg.
(9) On a desja dit qu’elle se rendit le 29 Octobre.
(10) On croyoit lorsqu’elle fut prise, que le Roy la feroit razer.
Balade 1688 [199]
Sur ce qu’on pretendoit que quelques Soldats de l’Armée que Commandoit Louis Dauphin de France; pour faire le Siege de Philisbourg, l’avoit nommé Louis le Hardy, a cause de la valeur qu’il temoignoit.
Un de nos Fantassins (1) tres bon nomenclateur, (2)
Du titre de Hardy batisant Monseigneur,
Le fera sous ce nom distinguer dans l’histoire,
Ce Soldat par chacun fut d’abord aplaudy,
Ce Prince et son parain firent dire a leur gloire,
Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.
D’un pareil nom de guerre on traitoit les neuf Preux, (3)
Notre jeune heros (4) le merite mieux qu’eux,
Toujours les sobriquets qu’un corps de garde impose,
Conviennent au sujet, et quant a moy je dy,
Pour ajouter encor quelque lustre à la chose,
Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.
(1) C’est a dire un Soldat de l’Armée Françoise.
(2) Nomenclateur, est celui qui parmi les anciens Romains, appeloit chaque particulier dans les Assemblées publiques par son nom et ses titres, et leur marquoit le rang qu’ils y devoient tenir.
(3) Preux, en vieux langage veut dire Hardy, et les 9 Preux sont les heros d’un vieux Roman.
(4) Monseigneur le Dauphin.
Adam (5) qui sur les sons tins les êtres divers, (6) [200]
Dont il plût au Seigneur (7) de peupler l’univers,
Adam parain banal de toutes les familles, (8)
Adam dis-je par qui chaque nom fut ourdy, (9)
N’y rencontroit pas mieux que l’ont fait nos soudrilles,
Louis le bien nommé c’est Louis le Hardy.
Envoy
L’homme n’engendre point a soixante et dix ans (10),
Cependant ecoutez tous Messieurs mes parens,
De quelque nouveau fils, si j’allois etre pere,
Voyant que ce soldat n’est pas un etourdy,
Vien tenir mon Enfant diris-je a ce compere, (11)
Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.
(5) Adam le 1er homme.
(6) C’est a dire qu’il donna le nom a chacun des animaux.
(7) Dieu.
(8) Tout cela veut dire la meme chose que ce qui est marqué dans l’Article 6 de ce Commentaire.
(9) Ibid.
(10) Jean de la Fontaine de l’Academie Françoise parle icy de lui et avoit alors 70 ans, il est l’auteur de cette Balade.
(11) A ce soldat Francois si bon Nomenclateur.
Chanson 1688 [201]
Sur L’Air de la Rochelle
Faite par Philippes de Courcillon Narquis de Dangeau, a qui le Roy l’avoit ordonné, sur le Chateau et les Jardins de Marly prés Versailles.
Nota, Que le Roy Louis XIV avoit fait bastir cette Maison l’an 167… pour … d’Escoraille de Roussille Duchesse de Fontanges sa maitresse entre St Germain en Laye et Versailles, dans un valon, d’où l’on decouvre la plus belle veuë du monde. Le Batiment en est fort extraordinaire, car elle est scitué au milieu des Jardins et composée de Pavillons a l’Italienne, tous peints a fresque par dehors et separés les uns des autres, le plus grand est celui ou logeoit le Roy, et il êtoit composé d’un grand Sallon au milieu, entouré de 4 apartemens, et au dessus de ces appartements une attique où etoient plusieurs Chambres. Il y avoit 12 autres Pavillons dans le meme Jardin, six de chaque côté, ils etoient de 6 Etages chacun et chaque Etage composé d’une Chambre etd’une Garderobe. La Chapelle , la Salle des Gardes et les Offices tenoient aussi chacune un Pavillon. Cette Maison fut longtems negligée aprés la mort de la Duchesse de Fontanges; mais le Roy ayant etably son sejour ordinaire a Versailles il fit de Marly une Maison de retraite pour lui. Il y alloit de tems en tems passer quelques jours, et nommoit les gens de l’un et de l’autre sexe qu’il vouloit qui l’y suivissent, il y mangeoit avec les Dames et y nourrissoit les hommes a 2 Tables fort bien servies soir et matin, il y parloit peu où point d’affaires, et il se montroit au public presque à toutes les heures du jour. On n’y entroit point sans son ordre du moment qu’il y etoit, on y jouoit pendant ce tems là gros jeu, et il y avoit souvent de la Musique et par fois des Spectacles.
Que ces bois sont beaux! Qu’ils sont vers
Qu’heureux, sont ceux qui sont soufferts
Dans ces agreables demeures,
Les coeurs y sont toujours contents, (1)
Les jours passent comme des heures,
Les heures comme des instants.
Cedez aux Jardins de Louis, (2)
Beaux Jardins de Semiramis, (3)
Jardins du Tibre (4) et du Bosphore, (5)
Nos Zephirs portent dans les Airs
Les plus riches presens que Flore, (6)
Ait jamais fait a l’Univers.
Dans ce Palais delicieux (7)
Dont l’eclat eblouit nos yeux.
(1) Cest une proposition bien hardie de soutenir que les coeurs soient toujours contens a Marly quand la Cour y est.
(2) Le Roy Louis XIV.
(3) Les Jardins que Semiramis Reine d’Assirie aprés son mari Ninus fit elever a Babilone et qui passoient pour l’une des 7 merveilles du monde.
(4) Les Jardins que l’Empereur Neron fit faire a Rome sur le bord du Tibre dans le meme endroit où etoient auparavant ceux de Lucullus, dont il acheta la Maison; il les agrandit fort an abatant beaucoup de Maisons aux Environs.
(5) Les Jardins du Serail a Constantinople qui par leur grandeur, leur admirable situation sur le Bosphore, et le soin avec lequel ils sont cultivés, sont d’une beauté surprenante.
(6) L’Odeur des Fleurs. Flore êtoit selon les Payens, la Deesse des Fleurs.
(7) Le Château de Marly.
Les vertus sont en asseurance, (8) [203]
A couvert de tous les dangers,
On y voit regner l’innocence,
Jadis connue aux seuls bergers.
Le maïtre de ces lieux charmants, (9)
Dans les moindres amusemens,
Brille d’une solide gloire,
Toujours maistre de ses desirs;
Il s’est vaincu dans la victoire, (10)
Il s’est vaincu dans les plaisirs. (11)
(8) C’est que le Roy etoit alors devot.
(9) Le Roy Louis XIV.
(10) – (11) Ces 2 louanges se donnoient alors fort souvent a ce Prince au sujet de la paix de Nimegue qu’il avoit signée quoique toûjours victorieux pendant la guerre qui l’avoit precedée, et au sujet de la devotion dans laquelle il etoit alors aprés avoir eté fort galant.
Autre [204]
Sur le même Air.
A Philippes de Courcillon Marquis de Dangeau; au sujet de la Chanson precedente dont il etoit l’auteur.
Dangeau, laisse juger nos yeux
De ces Jardins delicieux, (1)
Où l’art etonna la nature,
Car le froid qui regne en tes vers, (2)
Fait plus de tort a leur verdure,
Que le plus cruel des hivers.
Vous ne dites Monsieur Dangeau,
Dessus Marly, rien de nouveau,
L’on n’est pas surpris qu’il vous plaise,
Vôtre epouse (3) a tous les moments,
Y voit les Spectacles a son aise,
Cela rend les maris contents. (4)
(1) Les Jardins de Marly sur lesquels le Marquis de Dangeau avoit fait la Chanson precedente.
(2) La Chanson precedente que l’auteur de celle cy trouva froide, et fade.
(3) Sophie Comtesse de Levestein Allemande, et auparavant fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere, Dauphine de France.
(4) Cecy est dit ironiquement, et l’auteur veut insinuer que le Marquis de Dangeau etoit jaloux de sa femme et trouvoit mauvais qu’elle fut aussi avant qu’elle etoit dans les plaisirs de la Cour; mais c’est une medisance. Car bien qu’elle fut jeune et tres aimable, elle n’avoit jamais fait parler d’elle, et son mary le sçavoit bien, et vivoit a merveille avec elle.
Sur les Jardins louer le Roy, [205]
Nous semble petit (5), croyez moy,
C’est un heros extraordinaire,
Les zephirs portent dans les airs
Les grandes choses qu’il sçait faire,
Pour en informer l’univers.
Dans vôtre troisieme sixain, (6)
Vous dites qu’en ce lieu divin,
Les vertus sont en asseurance;
L’on croit que vous n’y songez pas,
Avez vous quelque connoissance
Qu’ailleurs on ait fait de faux pas. (7)
(5) C’est avec raison que l’auteur trouve qu’il y a de la petitesse et de la fadeur dans le Marquis de Dangeau, de loüer un grand Roy, tel que Louis XIV a propos de ses Jardins comme il a fait dans la Chanson precedente. Ce qui suit dans le reste de ce Couplet, est une assez fine plaisanterie là dessus et une Parodie du second couplet de la Chanson de Dangeau.
(6) Le 3e Couplet de la 3e Chanson precedente.
(7) Il est vray qu’il semble par ce 3e couplet de la Chanson precedente que le Marquis de Dangeau veuille dire que la vertu n’est en asseurance qu’a Marly.
Le quatrieme (8) auroit passé [206]
Si solide etoit bien placé, (9)
On ne dit point solide gloire
Sur le fait des amusemens,
Ne vous en faites point accroire
Vous n’aurez pas de nôtre encens. (10)
(8) Le 4e Couplet de la Chanson precedente.
(9) Lisez ce 4e couplet de la Chanson precedente et ce qui suit dans celui cy.
(10) C’est a dire, nous ne louërons point la Canson precedente, ny vous qui en etes l’auteur.
Parodie 1688 [207]
D’une Chanson qui commence par ces mots Vous laissez couler l’eau d’une claire Fontaine; par Philippes de Courcilon Marquis de Dangeau.
Vous laissez couler l’eau sous la samaritaine, (1)
Et le feu Roy (2) sous le Pont s’enrhumer,
Laissez, laissez belle inhumaine, (3)
Laissez Monsieur Dangeau à son aise rimer, (4)
A son aise rimer.
(1) La Riviere de Seine qui passe à Paris sous la Pompe dite la Samaritaine au bout du Pontneuf.
(2) La Statue Equestre du Roy Henry IV dite le Cheval de Bronze, qui est sur le Pontneuf a Paris.
(3) Cecy s’adresse a quelque femme dont on ne scait pas le nom qui avoit fait la Chanson precedente.
(4) Le Marquis de Dangeau etoit Poëte et faisoit souvent des vers. Il etoit meme de l’Academie Francoise. L’auteur de cette Parodie veut icy qu’on lui laisse faire des vers et qu’on ne le trouble pas par une severe critique telle qu’est la Chanson precedente.
Stances Irregulieres 1688 [209]
Sur la situation, le Gouvernement, les Moeurs, et les coutumes de la Hollande, où l’auteur fut faire un voyage l’an 1688.
Nota. Que ces Stances ne parlant point de la France, ne sont pas de la qualité de celles qui devroient a la rigueur entrer dans ce Recueil. Cependant comme elles sont historiq.qu’avec les Commentaires, elles font une description tres exacte et tres vrayes [sic] de la Hollande, et que cette Province a eu une grande liaison, et une grande guerre avec de Royaume, on a crû qu’elles pouvoient etre mises icy.
Quand dans ces pays au Niveau, (1)
Où la terre en peril est plus basse que l’eau, (2)
Je vis trente villes rustiques, (3)
Former un seul Etat d’autant de Republiques, (4)
(1) La Hollande est un pais plat qui n’est presque que Prairies coupées de Canaux et de Rivieres.
(2) Il y a des endroits en Hollande du costé du Nord, et pour cela apellée de ce côté là, Nort Hollande ou la mer apellée le Zuyderzée, est soutenuë par des Digues fort au-dessus de la terre, ces Digues sont entretenues avec grand soin, a cause que si elles venoient a manquer, une grande etendue de pais seroit submergée en peu de tems.
(3) La Pierre êtant fort rare en Hollande, les villes y sont basties de Brique; mais les villages en Nort Hollande ne sont bastis que de bois godronné, et comme ce pais est extremement peuplé, les villages y sont fort grands, c’est pour cela que l’auteur les apelles Villes Rustiques.
(4) Chaque village aussi bien que chaque ville d’Hollande sont libres, chaque ville est souveraine dans l’administration de son Gouvernement, et toutes ensemble forment une Republique en Hollande comme la Hollande avec les six autres Provinces, qui sont Frize, Zelande, Utrecht, Gueldres, Owerissel, et Groningue forment la Republique apellée les Estats Generaux des Provinces Unies.
Où chacun est maistre chez soy, [210]
Ce peuple ne parut dans ces lieux Aquatiques, (6)
Un reste libertin des Grenouilles antiques,
Qui ne voulurent point de Roy. (7)
L’Etat est si chargé de debtes, (8)
Et les sujets d’impots de Tailles et de traites, (9)
Qu’assurement c’est a bon droit
Que le sage Etranger (10) s’etonne
Que l’un puisse payer tous les ans ce qu’il doit,
Et l’autre (11) fournir ce qu’il donne.
(5) Il n’y a Etat au monde ou les hommes ayent plus de liberté qu’en Hollande.
(6) Il est aisé de juger par la description qui vient d’être faite de ce pais, qu’il est aquatique.
(7) L’autheur de ces Stances veut parler des Grenouilles dont Esope parle dans une de ses Fables, qui ayant demandé un Roy a Jupiter, et s’etant mal trouvées de deux differents qu’il leur donna, n’en voulurent plus avoir.
(8) Les Estats Generaux des Provinces Unies, ont beaucoup de debtes et de Charges.
(9) Le peuple est extremement chargé d’Impots pour pouvoir payer les debtes et soutenir les Charges de l’Etat; cependant il n’y en a point au monde où les habitans soient plus riches, leur habileté au Commerce, et le voisinage de la mer en sont la raison.
(10) L’Estat.
(11) Le Peuple.
La terre avare à leur esgard, [211]
Ne leur a fait aucune part
De ses biens dont ailleurs on la trouve remplie, (12)
Et cependant ces bonnes gens
Ont tant fait par leur industrie,
Qu’ils ont abondamment les besoins de la vie, (13)
En depit des quatre Elemens. (14)
Quoiqu’on dise de leur epouses,
Trop menageres, trop jalouses, (15)
Parmy les deffauts qu’elles ont,
L’amour n’est pas un de leurs vices; (16)
Mais les Filles souvent aux amans plus propices,
Sont communement les nourrices,
Des Enfans que les femmes font, (17)
(12) Il ne croist en Hollande ny bled, ny vin, ny fruits au moins fort peu de ceux cy, il n’y a non plus ny bois, ny pierre.
(13)-(14) La terre y manque en quelque façon, puisqu’elle n’y produit presque rien des choses necessaires a la vie et quelle est si basse que presque partout, l’on trouve l’eau pour peu qu’on fouille. L’Eau y est brague, c’est a dire a demy salée, ou si bourbeuse qu’on n’y en peut boire, l’air y est bas, froid, humide et grossier, et faute de bois de pais, on ny peut faire de feu que des tourbes au moins pour le peuple et le bas usage des maisons, avec tout cela rien ne manque en ce pais par le secours du Commerce et de la mer qui y amene tout des quatre parties du monde et y entretient l’abondance de toutes choses.
(15) L’auteur pretend que les femmes y sont jalouses. Ce qui est de certain, c’est qu’elles vivent bien avec leurs maris, et que les uns et les autres ne scavent pour l’ordinaire ce que c’est que galanterie.
(16) La fidelité conjugale y regne.
(17) Il n’en est pas des femmes comme des filles, celles cy sont putains.
Sans faste, sans magnificence, [212]
Contens d’une agreable et simple propreté,
On voit ce qui ne peut être ailleurs imité,
Et qui passe toute croyance;
Les richesses, sans vanité, (18)
La liberté sans insolence, (19)
La Maltôte sans pauvreté; (20)
De maudits Chariots invention du Diable,
Sont la voiture abominable,
Où l’on vous roûe impunement; (21)
(18)-(19) Rien n’est plus vrai, et cela vient apparemment de l’air grossier et epais du pais, qui rendent les gens tels que lui, etouffe en eux la semence de ces passions dont les gens plus subtils sont capables.
(20) Les Impots s’y reçoivent sans peine, et un homme seul, ou bien souvent une femme les demande où ils sont deus, et l’on leur donne sans y faire difficulté; cependant les droits sont forts et en grand nombre, et le peuple fort chargé, et avec cela riche, lisez les articles 8 et 9 de ce Commentaire.
(21) Il ny a de voitures pour les Estrangers allans par pair, que des Chariots a 2 Chevaux qu’on loüe, a moins que l’on n’aille par Eau sur des Canots. Ils ne sont point suspendus, de maniere que l’on est roué dés que le chemin cesse d’etre uny; d’ailleurs ils vont fort viste, et il y a dessous des morceaux de cuivre qui font un bruit epouvantable afin que dans la nuit dans les Chemins, et principalement sur les Digues ils s’entendent de loin, et ne se renversent par les uns les autres. Ce bruit fend la teste a ceux qui sont dedans.
Mais quelle qu’en soit la misere [213]
Torture pourtant necessaire, (22)
Pour preparer les gens a souffrir constamment
L’inevitable barbarie
Qu’on eprouve infailliblement,
Arrivant a l’Hostellerie. (23)
Chacun y croit ce qu’il lui plaist (24)
Et peut paroître tel qu’il est (25)
Sans craindre en s’expliquant la censure publique, (26)
Et l’exacte soumission
Au Gouvernement politique,
Est la seule Religion
Dont on exige la pratique. (27)
(21) C’est comme on a desja dit qu’il ny a point d’autres voitures pour les Etrangers allant par pais, a moins d’aller sur les Canaux.
(22) C’est une chose horrible que la cherté des hostelleries de Hollande, ils font de plus payer les hostes comme ils veulent et le Conducteur du Chariot que vous avez loué pour vous mener ne partira point de l’hôtellerie où vous avez logé que l’hoste ou l’hostesse ne lui ayent dit qu’ils sont satisfaits de vous.
(23) (24) (25) La Religion Protestante Calviniste est la Religion de l’Etat, mais l’exercice de toutes les sectes du Christianisme y est permis, excepté celui dela Religion Catholique qui n’est que toleré dans les Maisons particulieres; il y a meme des Synagogues de Juifs en plusieurs endroits et il est permis a un chacun d’y professer telle Religion qu’il lui plaist.
(27) On puny rigoureusement et exactement en Hollande la Contrevention aux Loix et surtout au Gouvernement de l’Etat; du reste on vit comme on veut.
En un mot sans perdre le temps [214]
En descriptions inutiles,
Rien n’est plus poly que leurs villes, (28)
Et rien n’est si grossier qu’en sont les habitans. (29)
(28) Le dedans, le dehors des Maisons, et les ruës des villes et même des simples villages y sont d’une propreté merveilleuse et tout y est lavé et froté plusieurs fois par semaine.
(29) Les Hollandois outre la grossiereté naturelle de leur esprit sont aussi sales sur leurs personnes, dans leur boire, leur manger et leur coucher, que leurs meubles et leurs Maisons sont propres.
Chanson 1688 [215]
Sur l’Air: On dit qu’Amour est si charmant.
Sur le Siege de Philisbourg par Louis Dauphin de France le 19 Octobre 1688.
Monseigneur (1) marche à Philisbourg,
Suivy d’une galante Cour, (2)
Pour vous donner le bal a son tour,
Madame l’Allemagne, (3)
Vous vous resouviendrez un jour
Qu’il sort de Charlemagne. (4)
(1) Louis Dauphin de France.
(2) Tout ce qu’il y avoit de Princes et des Seigneurs en etat de suivre Monseigneur allerent avec lui a cette expedition.
(3) Le Roy Louis XIV entreprit ce siege pour se donner cette entrée en Allemagne et l’empescher en France croyant bien qu’on alloit lui faire la guerre, on dit que si au lieu d’attaquer Philisbourg, on eut assiegé Mastricht, on eût par là empesché les Hollandais a qui appartenoit cette derniere ville de prester leurs trouppes au Prince d’Orange pour aller en Angleterre et qu’ainsi on eût fait avorter son dessein, et peut etre maintenu en France la Treve faite avec l’Empire, l’Espagne, les Hollandois et autres puissances liguées contre elle l’an 1684, mais que le Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat au departement de la guerre et qui la vouloit, parceque dans la paix son credit s’affoiblissoit auprés du Roy, persuada a ce Prince de faire le Siege de Philisbourg qui declaroit la guerre à toute l’Allemagne, et ne retardoit en rien les desseins du Prince d’Orange, qu’on êtoit seur qu’il se joindroit le plustost qu’il pourroit aux Ennemis du Roy.
(4) L’Empereur Charlemagne dont quelques historiens avec peu de fondement font descendre nos Rois Capetiens, et par consequent Monseigneur conquit une grande partie de l’Allemagne, et s’etant fait Empereur d’Occident, etablit l’Empire en Allemagne. L’auteur fait icy le Prophete en faveur de Monseigneur le Dauphin, et dit qu’il fera comme Charlemagne, et par ses Conquestes en Allemagne, fondées toutesfois sur le Siege de Philisbourg, qu’il se fera aussi Empereur.
Chanson 1688 [217]
Sur l’Air de la Rochelle.
Sur l’incendie des villes de Wormes, Spire, Manheim, et autres villes d’Allemagne, qui furent detruites par les François sur la fin de l’année 1688.
Les Allemans ont bien souffert
Par l’incendie et par le fer, (1)
Les bois affreux font leur retraite,
De ce beau pais si desert,
Scavez vous ce que je regrette
La seule Cuve d’Heidelberg. (2)
(1) Il est certain qu’il fut exercé beaucoup de cruauté par les François en Allemagne au commencement de cette guerre outre l’incendie de ces belles et grandes villes.
(2) Cette Cuve tenoit ….. muids de vin.
Nota. Que les Allemans reparerent la ville et le Chateau d’Heidelberg et y mirent garnison. Les François ayant esté obligez d’abandonner les postes qu’ils tenoient au dela du Rhin.
Chanson 1688 [219]
Sur l’Air: Or nous dites Marie
Sur Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc. Gouverneur et Statholder perpetuel et hereditaire de Hollande, Zelande, Utrecht, Gueldres, Zutphen, West-Frize, Ouerissel, et puis de Drenthe, Capitaine general et Amiral perpetuel et hereditaire des Provinces Unies, lorsqu’il se preparoit pour passer en Angleterre sur la fin de l’année 1688 avec une puissante Flotte et un grand Corps de troupes pour detrôner le Roy Jacques IId son beau pere et son Oncle comme on verra plus bas en plusieurs endroits de ce Recueil.
Ô Massager fidelle
Qui reviens d’Amsterdam, (1)
Dis nous quelque nouvelle
De ce Projet si grand. (2)
(1) C’estoit à Amsterdam que se faisoit l’embarquement.
(2) On a raison de traiter ce Projet de Grand, il ny en a jamais eu un plus beau, ny plus heureux.
Le bon Prince d’Orange, [220]
Quitte les Hollandois,
Et chose fort etrange
Pour la derniere fois. (3)
Il a pour l’entreprise
Un home qui le sert,
D’une valeur exquise,
C’est Monsieur de Schomberg, (4)
On doute si la guerre
Qu’il va faire sur mer,
Est contre l’Angleterre, (5)
Ou contre ceux d’Alger.
(3) L’auteur a tort de dire que le Prince d’Orange quittast les Hollandois pour toujours, au contraire il y alla comme particulier revestu des Charges qu’il avoit en Hollande, qu’il a meme conservées aprés son couronnement, et il a meme eté un temps considerable en Angleterre, sans prendre le titre de Roy, quoique les Peuples l’en sollicitassent.
(4) Frederic de Schomberg Marechal de France, Grand de Portugal, Comte de Mertola et du St Empire. On verra dans les Commentaires des pieces suivantes comme il fut obligé de sortir de France l’an 1686 pour la Religion protestante qu’il professoit, comme il se retira en Portugal où il avoit eté longtems general des Armées, comme il fut persecuté par l’Inquisition, il y ecouta les propositions du Prince d’Orange qui meditoit dés lors l’entreprise d’Angleterre. Il alla au service du Marquis de Brandebourg et apres la mort de cet Electeur, vint trouver le Prince d’Orange et passa avec lui en Angleterre, et fut enfin tué en Irlande au passage de la Riviere de Boyne le 10 Juillet 1690 où il etoit avec ce Prince.
(5) Personne ne doutoit que l’Entreprise du Prince d’Orange ne fut contre l’Angleterre; mais il ne le declara qu’en y entrant.
En passant par la rue [221]
Entouré de Guerriers,
Il vit grande cohue,
De tous ses Creanciers, (6)
Qui les ames saisies,
Luy dirent, Monseigneur,
Arrestez nos parties,
Ce qu’il fit de bon coeur.
Toute la populace,
Joyeuse au dernier point,
Crioit que le Ciel fasse,
Qu’il ne revienne point; (7)
Car l’etat monarchique
Qui de tout temps deplaît,
Avec la Republique,
Ne s’accorde jamais.
(6) L’auteur se trompe en cet endroit, bien loin de devoir de l’argent, le Prince d’Orange en a toujours eu beaucoup il l’employa pour l’Expedition d’Angleterre; mais il est vray que ne pouvant fournir aux frais necessaires pour l’execution d’un si grand dessein, les Hollandois lui en preterent et avec cela leurs vaisseaux et leurs troupes.
(7) Il est certain que la populace d’Amsterdam dans la crainte qu’elle avoit qu’il ne voulut se rendre maitre de leur Republique, et surtout de la ville d’Amsterdam a l’exemple de son pere qui pensa la surprendre en l’an 164….fut ravie de voir qu’il eut des desseins pour un autre pais et qu’il quittast le leur.
Chanson 1688 [223]
Sur l’Air: On dit qu’Amour est si charmant
Sur le même sujet que la precedente.
Laissez cet Orange passer, (1)
Il aime tant a s’empresser, (2)
Monsieur (3) le fit un jour tant danser; (4)
Qu’il laissa la la bande, (5)
Jurant qu’il n’iroit plus chercher
De telle sarabande.
(1) C’est a dire laissez le s’embarquer pour le dessein qu’il a formé et ne vous embarassez point de ce qu’il veut faire.
(2) Le Prince d’Orange êtoit devoré d’ambition et se tenoit borné dans l’etat d’un particulier.
(3) Philippes fils de France Duc d’Orleans etc.
(4) Le Duc d’Orleans General de l’Armée du Roy son frere assiegant la ville de St Omer sortit de ses retranchemens pour aller au devant du Prince d’Orange qui venoit pour le secourir a la teste de l’Armée hollandoise et l’ayant combatu prés Cassel le 11 Avril 1677 gagna la Bataille. C’est ce que l’auteur appelle faire danser.
(5) C’est a dire qu’il fut mis a vauderoute.
Chanson [224]
Sur l’Air de la Loure du Ballet du Temple de la Paix.
Sur le bruit qui couroit à Paris l’an 1688 que l’Armement que faisoit Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc pouroit bien être a dessein d’attaquer les Costes de France et d’y faire une descente.
Nous avons pleine vendange, (1)
Prince d’Orange,
Les efforts que tu fais pour surprendre nos bords,
Te coûteront bien des remords,
Le Dieu qui preside a la guerre, (2)
Joint pour nous son cimeterre, (3)
Aux Armes de Bacchis;
Ah! fuyez, regagnez vôtre terre,
Malheureux buveurs de Biere, (4)
Ou vous êtes perdus.
(1) La Vendange fut bonne en France l’année precedente 1687.
(2) Le Dieu Mars.
(3) C’est a dire ses forces, car le Roy Louis XIV avoit un si grand nombre de bonnes troupes qu’il ne craignoit point les Entreprises que le Prince d’Orange eut voulu faire sur son Royaume.
(4) Les Hollandois qui ne recueillent point de vin dans leur pais, et qui n’y boivent point de bonne Eau, boivent a leur ordinaire de la Biere.
Chanson 1688 [225]
Sur l’Air: Il a battu son petit frere.
Sur les Affaires d’Angleterre.
Chez l’Anglois s’accomplit la Fable,
D’un peuple qui fut miserable,
Pour s’etre fait un Roy nouveau; Charles II
Charles êtoit un bon yvrogne,
Jacques n’etoit qu’un soliveau, Jacques III
Guillaume sera la Cicogne. Guillaume de Nassau.
L’auteur parle de la Fable des Grenouilles qui demandoient un Roy a Jupiter, raportée par Esope.
Autre [226]
Sur le même Air.
Sur le passage du Prince d’Orange en Angleterre.
Le dessein du Prince d’Orange
Est aussi malheureux qu’Estrange,
La fortune le pousse a bout,
Malgré sa depense et ses peines,
En repos dans Londres, et partout
On chante va t’en voir s’ils viennent.
Chanson 1688 [227]
Sur l’Air……..
Sur l’Abé de Vaubrun, fait Lecteur à la place du Baron de Vaubrun
De ce nouveau Lecteur,
Chacun icy murmure,
De son predecesseur,
Il a la tete mure,
Et de son Protecteur
Le coeur et la figure.
Epigramme 1688 [229]
Sur la Promotion des Chevaliers du St Esprit faite en Decembre 1688.
Le Roy dont la bonté se met à toute epreuve,
Pour soulager ses Chevaliers nouveaux,
En dispose vingt de Manteaux,
Et vingt autres, de faire preuve.
Pour bien entendre cette Epigramme; Il faut scavoir que plusieurs Chtrs de cette Promotion etoient d’une naissance fort au dessous de l’honneur qu’ils recevoient, et que le Roy ayant donné l’Ordre a la moitié la veille du 1er Jour de l’An, et le lendemain a l’autre moitié afin d’avoir moins de peine, et sa Mté n’ayant pas pris pour cette Ceremonie le grand habit de l’Ordre les Chlrs anciens en userent de meme, ainsi il ny eut que ceux qui recevoient l’Ordre ce jour là qui le prissent, ce qui donna moyen aux Chtrs receus la veille de prester leurs grands Manteaux a ceux qui ne le furent que le lendemain.
Autre.
Lorsque certaines gens portent le St Esprit,
Chacun peut aisement comprendre,
Que du plus grand au plus petit
Il a la bonté de descendre.
Autre
Grand Roy sur qui jamais l’envie n’a sceu mordre,
Que ne dit on point de ton Ordre.
Autre.
Ne paroît il pas fabuleux
Qu’on ait fait de tels Cordons bleus, [230]
Ce sont des Contes de Canailles
De vouloir suposer pour eux
Que le Saint Esprit s’encanaille,
Tout cela sont des Contes bleus.
Autre.
Jamais le Saint Esprit dans l’Empire des Gaules,
D’un si vilain faquin ne chargea les Epaules.
Chanson 1688 [231]
Sur l’Air: Tranquilles coeurs.
Sur le Comte de Montberon.
Monsieur le Comte de Montberon,
A d’un vrai pedant la figure,
Il parle comme Ciceron,
Il escrit mieux que feu Voiture,
Ses parens ont failli en le faisant soldat
Et non pas Avocat.
Chanson 1688 [233]
Sur l’air; du Grand Saucourt.
Sur le Comte de la Vauguyon
Beauvais la borgnesse
Embrassant Fromenteau,
Disoit de tendresse,
Presse ton chalumeau
Et chantons sur nos Orgues,
La nuit et le jour
Noytre amour
Qui fait la morgue
A tout Paris, et même au grand Saucourt.
Fragment d’une Chanson, sur l’Air: laissés paître vos bestes.
Voyez Beauvais qui sur sa peau
Ne met jamais d’autre Manteau
Que ce grand veau de Fromenteau.
Commencement d’une Chanson, sur l’Air: sommes nous pas trop heureux.
Le trop heureux Fromenteau
Ne manque point de ressource.
De Beauvais il a la bourse, [234]
Parce qu’il a le nez beau.
Madrigal sur sa mort.
Que Fromenteau se soit donné
D’un Pistolet dans la Cervelle,
Il est fou, cette nouvelle
Ne m’a point du tout etonné;
Mais je ne puis que je ne pleure,
Comme un malheur sans pareil,
Que sa teste fut des meilleures
Des bonnes testes du Conseil.
Chanson
Sur l’Air: J’aime la Fille d’un marchand de vin.
Sur la Promotion de la Vauguion, a l’Ordre du St Esprit. Il êtoit Conseiller d’Estat ordinaire.
De tres petit Portemanteau, (1)
Le tres ignoble Fromenteau*
Est nommé Chevalier de l’Ordre,
D’où lui vient cet honneur nouveau,
Et qui l’a mis au point d’y mordre,
C’est qu’il fut jadis Maquereau. (2)
*André de Betoulas Seigneur de la Grange Fromenteau, epousa le 15 Janvier 1668 Marie Stuert de St Maigrin, et de Caussade, Comtesse de la Vauguion, dont il porta depuis le Titre de Comte de la Vauguion; Elle etoit veuve de …..
(1) Le Comte de la Vauguion connu tres longtems sous le nom de Fromenteau, fut d’abord Page du Duc de Mortemar avant qu’il fut Duc, puis Portemanteau du Roy.
(2) Je ne scay ce que l’auteur veut dire en cet endroit, car je n’ai jamais oui dire qu’il eut êté Maquereau.
Chanson 1688 [235]
Sur l’Air: zon zon Lisette.
Sur les filles d’honneur de Madame la Dauphine, qui furent chassées en 1688 peu auparavant Madame de Montchevreuil avoit surpris a Mademoiselle de Simeac le Livre de l’Ecole des Filles.
A la Cour quel malheur!
Quelle grande infortune!
De six filles d’honneur
Il n’en reste pas une;
Zon zon etc.
Ces 6 Filles d’honneur, etoient Mlle de la Force, Comtesse du Roure
Mlle de Rambure Comtesse de Polignac
Mlle de Levestein Marquise de Danjeau
Mlle de Grammont
Mlle de Staffors
Madlle de Simeac, Abesse de Poussé.
Chanson 1688 [237]
Sur l’Air; de la Place Royalle.
Combien de succés glorieux,
Grand Roy tout est facile,
Quand on est favory des Cieux,
Et quand on est habile,
Le Seigneur tout plein d’equité
Est François veritable;
Mais son vicaire revolté
Est Espagnole en Diable.
Chanson 1688 [239]
Sur l’Air…..
Sur une Medaille de l’Empereur, qui est sur un pied destal, et qui d’un costé represente le Soleil, et de l’autre le Croissant; Utrumque fisto.
Leopol, malgré ta vanité
Tu dois à nôtre charité,
L’heureux succez de tes Campagnes,
Si le Soleil ne se fut arresté,
Bientost le Croissant eut êté
Pleine Lune en tes Allemagnes.
Autre [240]
Sur l’Air…….
Sur les Conquestes de l’Empereur.